Le sultan Qabbous vient de mourir alors qu'il a dirigé 50 ans son pays, le sultanat d'Oman. Un pays grand comme l'Italie et de tradition ibadiste, une version "light" de l'Islam.

Le Sultan d'Oman, Qabus ibn Said au sommet des États membres de la Ligue arabe, octobre 2010, Libye
Le Sultan d'Oman, Qabus ibn Said au sommet des États membres de la Ligue arabe, octobre 2010, Libye © Maxppp / PANAPRESS

Oman pleure la mort de son sultan Qabbous ibn Said, décédé vendredi 10 janvier et, surtout, le dirigeant du monde arabe, république ou monarchie, qui a le plus longtemps dirigé son pays : 50 ans d'affilée !  

Pourquoi revenir sur la mort de ce dignitaire arabe ?  

Après tout n'était pas le seul monarque absolu dans cette région qui grouille de roi, de princes (15 000 pour la seule Arabie saoudite) et de cheikhs. De plus, son pays, Oman, fait moins souvent la « une » que ses voisins saoudiens, Iraniens, émiratis ou qataris.

Jusque dans la mort, le sultan Qabbous a fait la différence : il a été enterré quelques heures après son décès, selon les règles de l'Islam, en épargnant à son pays ces vulgaires défilés de têtes couronnées juste bon à épater ces rois du kitch de Saoudiens.

Un pays grand comme la Pologne ou l'Italie

Mais si ce sultan Qabbous m'intéresse, c'est d'abord parce que son pays m'intéresse. D'abord, Oman est un grand pays : c'est grand comme la Pologne ou l'Italie avec 5 millions d'habitants et c'est un pays qui n'a pas la richesse pétrolière de ses voisins.

Sa production est un dixième de celle de l'Arabie saoudite. Donc, prospère, mais pas riche. Surtout, le pays entretient depuis toujours une position l'équilibre parfaite : ami des Iraniens et des monarchies du Golfe, des Russes et des Américains et même d'Israel.

A chaque fois qu'il a fallu un intermédiaire régional pour régler un conflit, c'est par Oman que sont passées les discussions. La dernière fois, entre Américains et Iraniens, les discussions qui ont abouti à l'accord de 2015 ont eu lieu à Muscat, la capitale.

La Suisse du monde arabe

Certes, mais ce rôle de troisième larron neutre et compréhensif, Oman l'a toujours eu tout le long de son histoire. Par exemple, Oman entretient des relations maritimes avec la Chine depuis au moins le 4e siècle quand ses voisins étaient isolés du reste du monde.

Oman a été le siège d'un empire commercial qui incluait toute la côte swahilie, dont Zanzibar et l'archipel des Comores étaient le cœur. Donc les Omanais ont toujours été ouverts. Leur sultanat est d'ailleurs le plus ancien pays indépendant du monde arabe.

Ils ont certes été colonisés mais par les Portugais et un peu les Perses, jusqu'au milieu du 18e siècle. Après ni l'empire ottoman, ni la Perse, ni même les Britanniques n'ont gouverné directement ce sultanat. De l'influence oui, la colonisation non.

Les Ibadites, les "Normands" de l'islam

En fait, le sultan Qabbous est le digne héritier d'une autre tradition, religieuse cette fois. Vous savez que dans l'Islam il y a les Sunnites – entre 85 et 90% des musulmans – et les Chiites, pour le reste. Eh bien en fait, il y a une 3e branche aussi ancienne.

Les Ibadites se sont séparés des deux branches à peine un demi-siècle après la mort du prophète. Or, les Ibadites ont une particularité : ils refusent les anathèmes, ils professent un égal respect pour toutes les religions du livre et même les autres.

Il y a environ 3 millions d'Ibadites dans le monde, sont une minorité en Algérie et en Libye. Mais devinez quel est le seul pays au monde où cette version très « humaniste » de l'Islam est majoritaire ? Oman et son sultan Qabbous discret, industrieux et tolérant

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