Oubliez les ors, la pompe et les suites à 6 000 € : le seul vrai accord historique signé le 12 juin l'a été entre la Grèce et la Macédoine ! Il porte sur le nom de la petite république balkanique.

Depuis plus de 25 ans, la Grèce et son petit voisin macédonien s'opposaient dans une de ces disputes dont les Balkans ont le secret et qui frisait parfois le ridicule si les conséquences n'étaient pas aussi sérieuses pour les deux.

D'un côté, l'ancienne République yougoslave de Macédoine qui, en devenant indépendante en 1991, choisissait de s'appeler « République de Macédoine ». De l'autre, la Grèce dont une des provinces s'appelle elle aussi Macédoine, capitale Théssalonique.

Pour les Grecs, pas question de partager le même nom : la Macédoine est grecque et son héritage culturel aussi. Autrement dit, Alexandre le Grand, son père Philippe de Macédoine et le soleil de Vergina, l'emblème antique des Macédoniens, sont grecs.

De l'autre côté de la frontière aussi, côté Skopje, on se dit les héritiers d'Alexandre et on le fait savoir : le drapeau officiel reprend le soleil de Vergina, l'aéroport international de Skopje s'appelle Alexandre le grand et des statues du grand homme peuplent le pays.

La Grèce bloquait toute adhésion de sa voisine à un organisme international

Jusqu'à l'absurde : la Grèce est membre de l'OTAN, de l'ONU et de l'Union européenne où elle a un droit de véto. Elle bloque toutes négociations d'entrée à l'OTAN et dans l'Union et exige qu'à l'ONU, la petite république figure sous un acronyme : FYROM ou ARYM.

Ce qui signifie Ancienne république yougoslave de Macédoine. De plus, des centaines de milliers de Grecs manifestent chaque fois qu'une négociation tente de résoudre ce sac de n?uds et encore pas plus tard que le le 6 juin, dans des dizaines de villes grecques.

Or c'est aussi grave pour la Grèce que pour la Macédoine : en se coupant de son voisin du nord, la Grèce s'est privée d'une route commerciale transbalkanique qui permettrait, par exemple, de joindre la Méditerranée à l'Europe centrale, puis l'Allemagne, par exemple.

Or enfin hier, les deux pays sont parvenus à un accord : l'ancienne république yougoslave de Macédoine prendra le nom de République de Macédoine du Nord et lorsque le changement constitutionnel sera adopté, la Grèce lèvera toutes ses oppositions.

Il reste à vaincre des réticences de part et d'autre

Non, il y a plein d'incertitudes encore : le parti conservateur grec Nouvelle démocratie a déjà fait savoir son opposition. Mais tout de même, l'espoir est là pour la Grèce, pour les Macédoniens, pour l'Europe de sortir par le haut d'un conflit qui avait trop duré.

Juste un dernier mot, la diplomatie, ce ne sont pas des suites à 6000 € dans des hôtels tropicaux de luxe, des poignées de main chorégraphiées et des sommets de 24h qui, à la fin, débouchent sur des textes creux et vains.

La diplomatie se sont des mois de négociations, des petits gestes de bonne volonté, comme par exemple avoir accepté de débaptiser l'aéroport internaitonal de Skopje qui ne s'appelera plus Alexandre le Grand.

Et surtout, des dirigeants sérieux et concentrés, qui ont le sens de l'histoire et de l'intérêt général et qui, pour cela, prennent des risques, y compris contre leur propre opinion publique.

Alors hommage soit rendu à Alexis Tsipras, 1er ministre grec et Zoran Zaev, 1er ministre de la République de Macédoine du nord

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