Le Konarak n'était certes qu'un navire de support, mais il y avait 19 marins à bord. Et c'est une frégate de la marine iranienne qui l'a détruit en pleine mer d'Oman. Que s'est-il passé ?

Un navire de guerre iranien a été accidentellement touché par un missile lors d'exercices dans le golfe d'Oman, le 11 mai 2020
Un navire de guerre iranien a été accidentellement touché par un missile lors d'exercices dans le golfe d'Oman, le 11 mai 2020 © AFP / IRIB TV / AFP

On sait depuis dimanche que des manœuvres navales iraniennes dans le Golfe d'Oman ont mal tourné. Mais on sait seulement depuis hier, qu'elles ont en fait très mal tourné, puisqu'on dénombre 19 marins iraniens tués. Que s'est-il passé ?

Il s'est passé qu'une des frégates les plus modernes de la marine iranienne, le Jamaran, aurait tiré sur un de ses propres navires de support, le Konarak, tuant la totalité de l'équipage. Or cet incident est très humiliant parce que l'Iran met depuis une dizaine d'années un point d'honneur à développer une marine moderne, avec des vaisseaux construits en Iran, comme la frégate Jamaran, inaugurée en personne par le Guide de la révolution en 2010.

Le ridicule tue encore

C'est le ridicule. Il y a d'abord cette dizaine de vedettes armées de grosses mitrailleuses qui ont harcelé des vaisseaux américains le mois dernier : les images font plus rire que peur. Et il y a aujourd'hui, ce tir misérablement raté du fleuron de la marine iranienne.

Et le pire, c'est que ça n'intéresse personne. Aujourd'hui, l'actualité est ailleurs et l'Iran officiel a beau montré ses muscles dans le Détroit d'Ormuz, par lequel passe un cinquième du pétrole mondial tout de même, personne n'y prête attention.

Il y a bien eu ce lancement, le 24 avril, d'un satellite militaire. Les spécialistes vous diront que c'est inquiétant parce les mêmes technologies servent à lancer des missiles intercontinentaux. Mais même cette "réussite" est passée au second plan.

Détourner l'attention de l'essentiel...

C'est probablement pour faire oublier le désastre de l'épidémie de coronavirus qui a violemment touché l'Iran juste après la Chine et qui, selon les autorités, aurait fait jusqu'à présent une dizaine de milliers de victimes. Et c'est évidemment le minimum avouable par le régime. Un désastre que le régime a d'abord nié avec des arguments moyen-âgeux et complotistes. Mais on a heureusement évité le pire grâce à l'incroyable résilience et au civisme des soignants iraniens.

Cette crise qui vient s'ajouter à la lancinante crise économique du pays : un rapport très récent de l'Université de Qom faisait le compte. Désormais la moitié des iraniens n'a plus assez pour vivre. Et il s'agit pour l'essentiel d'Iraniens qui travaillent !

La chute des prix du pétrole rajoute encore à la crise...

C'est plus la chute des prix du gaz que ceux du pétrole qui affecte Téhéran. L'Iran n'exporte quasiment plus de pétrole suite au renforcement l'année dernière des sanctions américaines alors qu'il partage avec le Qatar un énorme champ gazier. Or le Qatar est l'allié de Téhéran. Donc certaines affaires pouvaient encore se faire en faisant passer du gaz iranien pour du gaz qatari. Une sorte de tour de passe-passe qui permettait au régime iranien de ne pas totalement sombrer dans la disette.

Ces petites affaires entre alliés sont désormais terminées. Les réserves de change de l'Iran fondent et, je rappelle que la simple augmentation des prix de l'essence avait entraîné, en novembre dernier, des émeutes meurtrières.

Ce n'est pas un lancement de satellite militaire et encore moins le ridicule d'un tir raté en mer d'Oman de la marine iranienne qui va changer cette pénible réalité.  

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