La statue équestre d'Afez el Assad trônait en plein coeur de Deraa avant la révolution de 2011. elle avait été déboulonnée par les habitants révoltés. Le régime a voulu la réinstaller, c'était compter sans l'esprit de résistance et de dignité des Syriens.

direction la Syrie ce matin dans une des villes symboles de la révolte de 2011. Il s'agit de Deraa, la ville du sud-ouest du pays par où la révolution syrienne de 2011 a effectivement commencé.  A l'époque, souvenez-vous, deux ados avaient par défi écrit sur les murs de leur cité « Ejak el door, ya Doctor », « maintenant c'est votre tour, Docteur ».

C'était à la fois potache et très clair, le docteur en question, c'était Bashar el Assad qui dans une vie antérieure à celle de dictateur était médecin et c'était son tour de partir, comme Hosni Moubarak. Les deux ados avaient été interpellés, torturés et relâchés.

La population était donc sortie dans les rues de Deraa pour protester : manifs, répression puis d'autres manifs et enfin tout le pays s'était soulevé. Donc oui Deraa est la symbole et le cœur battant du printemps syrien, c'était en mars 2011.

Deraa détruite et humiliée par le régime de Bashar

D'abord, il faut comprendre que la ville est aujourd'hui presque entièrement détruite, elle a été très lourdement bombardée par le régime de Bashar el Assad. D'autant plus bombardée, vous l'imaginez bien, que s'il fallait faire un exemple, c'était bien Deraa et ses habitants qu'il fallait punir.

Et pour rajouter la provocation à la désolation, le régime a eu une idée particulièrement cruelle : réinstaller dans le centre de la ville une statue équestre en bronze de Afez el Assad, le père de Bashar, lui-même dictateur honni. Ca a l'air d'être héréditaire la cruauté en Syrie.

La statue faisait évidemment partie des premières « victimes » de la révolte de 2011 : déboulonnée et détruite par la population quelques semaines à peine après les premières manifestations. Donc la réinstaller au même endroit au milieu des ruines est bel et bien une provocation.

Une population debout et digne

C'est pour cela que je tenais à vous raconter cette histoire : la population de Deraa, reconquise, ruinée et souvent abrutie de bombes et de malheurs, alors même que chaque famille compte encore ses morts, a le courage incroyable de s'y opposer.

Depuis plus semaines maintenant, tous les vendredi à l'issue de la prière hebdomadaire, des centaines d'habitants de Deraa descendent dans les rues de la ville détruite et convergent vers le centre pour protester, comme aux plus beaux jours de 2011, contre l'érection de cette statue.

Et c'est ce courage incroyable, qui est aussi celui du peuple algérien en ce moment, que je tenais à vous rapporter ce matin. Les peuples n'oublient jamais et, malgré les commentaires souvent pessimistes – dont les miens parfois – trouvent en eux des ressources insoupçonnés pour préserver le plus important, à savoir leur dignité. Quant à la statue d'Afez el Assd, elle est aujourd'hui encore debout... jusqu'à la prochaine manif des habitants de la ville martyre de Deraa.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.