Deux nouveaux points de passage entre Chypre grecque et turque, neuf au total. C'est en fait la Turquie qui est à la manoeuvre pour redorer un blason international bien terni.

Direction Chypre, pour – enfin – une bonne nouvelle européenne. Elles ne sont pas si nombreuses et pourtant, celle-là est importante et en plus très symbolique : hier, 12 novembre à 11h du matin, heure de Paris, deux nouveaux postes frontières ont été ouverts entre la partie turque et la partie grecque de Chypre.

Il faut bien comprendre que l'île de Chypre est coupée en deux depuis 1974. Depuis que l'armée turque est intervenue et a occupé le Nord de l'île. C'est le dernier mur d'Europe et un conflit que ni l'ONU, ni l'Union européenne ne sont parvenues à résoudre.

Toutes les négociations ont jusqu'à échoué. Les dernières, en 2017, ont duré six mois : sans résultats. Jusqu'au mois dernier, où les leaders des parties turque et grecque sont parvenus à cet accord : deux nouveaux points de passage pour la 1ère fois depuis 8 ans !

Des négociations au point mort

Avec ces deux-là, ils sont désormais neuf ! Et à chaque fois, ce sont les mêmes scènes : des centaines de Chypriotes grecs se précipitent pour faire quelques mètres en territoire turco-chypriote. La télé locale, Sigmalive, a d'ailleurs capté la joie de l'un d'entre eux :

Deux choses : d'abord, cet homme porte un olivier qu'il compte planter côté turc en signe de paix. Ensuite, il parle anglais, autre signe de paix : il s'adresse en fait à ses compatriotes chypriotes turcs dans une langue médiane qui n'est ni le grec, ni le turc.

Si ça ne dépendait que des Chypriotes turcs, la réunification serait chose faite depuis longtemps. Les Chypriotes grecs, eux, ont plusieurs fois dit non : ils veulent le départ des militaires turcs, OK, mais aussi d'énormes indemnités pour les propriétés perdues.

Mais en fait, la réunification avant tout entre les mains d'Ankara. Les Turcs sont les seuls à reconnaître la République turque de Chypre du Nord. Autrement dit, lorsque deux points de passage sont ouverts, c'est qu'Ankara – donc Erdogan – a donné son accord.

Or en ce moment, Erdogan multiplie les signes d'apaisement partout où c'est possible. Dans l'affaire du journaliste Khashoggi assassiné par les Saoudiens dans leur propre consulat à Istanbul, c'est Erdogan qui distille les infos, semaine après semaine.

Des messages adressés à l'Occident

Information confirmée hier par les Canadiens, qui les ont bien reçu. C'est le début de l'opération « reconquête » : sortir la Turquie de l'isolement, retrouver le chemin du respect de l'Europe. Donc, hier : ouverture de ces nouveaux check-point chypriotes.

Et aussi, des messages sans équivoque, passés par la presse qui lui est favorable. Par exemple : hier dans les pages de Sabah, un quotidien turc très très proche de l'AKP, le parti d'Erdogan, que pouvait-on lire ?

Que les douaniers turcs avaient empêché à la frontière Bulgaro-Gréco-Turque 59 675 migrants illégaux. Je vous assure que le message « la Turquie est indispensable à votre tranquillité électorale » a été reçu 5 sur 5 de Paris à Berlin en passant par Athènes.

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