Que des premières en Espagne : première visite d'un roi d'Espagne à Cuba et première coalition de la démocratie. Et l'on verra que tout est lié !

Le 12 novembre 2019, le président cubain Miguel Diaz-Canel (à droite) et le roi d'Espagne Felipe VI (à gauche) se rencontrent au Palais de la Révolution à La Havane.
Le 12 novembre 2019, le président cubain Miguel Diaz-Canel (à droite) et le roi d'Espagne Felipe VI (à gauche) se rencontrent au Palais de la Révolution à La Havane. © AFP / Ernesto MASTRASCUSA / POOL / AFP

On part à Cuba ce matin, pour une visite d'Etat historique. Celle du roi et de la reine d'Espagne à Cuba. Et c'est une première à tous les niveaux : la première visite d'Etat d'un couple royal espagnol depuis... toujours en fait. La Havane, la capitale cubaine, a été fondée il y aura exactement 500 ans samedi prochain.

Or, en 500 ans, jamais un monarque espagnol n'a foulé la terre cubaine en visite d'Etat. Le précédent roi d'Espagne, Juan Carlos, a bien essayé plusieurs fois : toujours repoussé, toujours annulé. Pour être juste, il y est tout de même parvenu : c'était en 2014.

Mais il avait déjà abdiqué, il n'était donc plus roi. Donc cette visite d'Etat de son fils, Felipe VI, et de la Reine Laetizia est bien une première.

Une visite royale, une photo, un symbole

Tout est dans le symbole ! La photo que les Espagnols ont pu voir de leur Souverains, c'est Felipe VI au garde-à-vous sur la place de la Révolution avec derrière eux un portrait géant de Che Guevara !

La droite espagnole ne s'y est pas trompée : elle a détesté et reproche déjà à Pedro Sánchez, le Premier ministre socialiste, d'avoir envoyé Leurs Majestés Très Catholiques au pays des Castro et du communisme réel. Une sorte d'humiliation.

Les messages sont d'abord : à gauche toute. Ensuite : de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. Cette photo très iconoclaste – un roi, une reine, le Che – c'est pour faire comprendre aux Espagnols que ce gouvernement n'a pas peur de briser les tabous.

Jamais l'Espagne n'a été gouvernée par une coalition

C'est exactement là où je voulais en venir : première royale en pays communiste et première politique à Madrid. Pour la première dans l'histoire de l'Espagne démocratique, un accord de coalition a été conclu.

Depuis 1978 et le retour de la démocratie, jamais un parti espagnol n'avait eu besoin de partager le pouvoir avec un autre parti : toujours seul et en alternance les socialistes du PSOE ou les conservateurs du Parti populaire, le PP. Depuis hier, tout a changé.

Les socialistes de Pedro Sánchez ont conclu un accord de coalition avec Unidas Podemos, l'équivalent espagnol des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. C'est une surprise pour tous ! Au point que les médias espagnols ont été convoqué à la dernière minute et en urgence.

L'extrême-droite en embuscade

La voilà la surprise. Parvenir à faire en 48h ce qu'ils avaient été incapable de faire depuis des mois : s'entendre pour former une coalition ! Mais après deux élections générales en une année, impossible de recommencer pareille plaisanterie :

les Espagnols n'en peuvent plus et le montrent : l'extrême-droite a doublé le nombre de ses députés, et surtout, personne n'a réussi à régler le problème catalan. Alors soyons optimistes : les Espagnols ne sont jamais meilleurs qu'au bord du gouffre. On y est.

Il va falloir prendre des décisions courageuses, comme amnistier les politiques catalans emprisonnés. En France, on dit « Paris vaut bien une messe »... Eh bien, en Espagne, ce serait « Barcelone vaut bien d'envoyer le roi chez les Castro ! »

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