Une caricature australienne de Serena Williams choque les Etats-Unis. Pourtant, il s'agit juste d'une histoire de tabous qui ne sont pas les mêmes entre Canberra et Washington. Lost in translation.

Caricature de Serena Williams dans le journal Herald Sun
Caricature de Serena Williams dans le journal Herald Sun © AFP / William West

Une caricature australienne de Serena Williams déchaîne les passions. Une caricature est parue dans les pages du Herald Sun, un tabloïd australien. On y voit Serena Williams en plein match, l'immense championne de tennis, sauter de colère sur une raquette pendant que l'arbitre discute avec l'adversaire de l'Américaine.

L'arbitre dit à la japonaise Naomi Osaka : « pourriez-vous la laisser gagner ? ». C'est à dire ce qu'on dit quand un enfant mauvais joueur fait une crise. Pour accentuer le côté puéril, le dessinateur, Mark Knight, a placé » une tétine à côté de Serena Williams.

Le problème, c'est donc la façon dont il a caricaturé Serena Williams : grimaçante, hypermusclée et surtout lèvres surdéveloppées. Elle ressemble, en clair, à un masque africain. Immédiatement, Internet se déchaîne contre ce dessin de presse...

Des accusations de sexisme mais surtout de racisme

Le fait que Serena Williams soit une femme n'arrange rien à l'avalanche de critiques. Mais c'est surtout la représentation caricaturale d'un femme noire qui choque et surtout, évidemment aux Etats-Unis. Avec des arguments qu'on peut entendre :

Il y a cet autre dessinateur, créateur de Wonder Woman, Noah Berlatsky : « la bande dessinée a une longue histoire de racisme iconographique, et certains dessinateurs de presse célèbres ont caricaturé des noirs de façon aujourd'hui inadmissible ».

On va peut-être maintenant laisser la parole à la défense, puisque Mark Knight, a évidemment réagi à la tempête qu'il a suscité :

→ Extrait Mark Knight : « malheureusement mon dessin a été pointé et déformé et s'est retrouvé pris en otage du débat racial américain. Me voilà embarqué là-dedans ».

Un dessinateur menacé

Bon d'abord, il est choqué le bonhomme : il a dû fermer son compte twitter après avoir reçu des dizaines de milliers de réactions, dont des menaces. Il explique ensuite qu'il n'est pas raciste et qu'il a par exemple soutenu la cause des Noirs en Afrique du Sud.

Ensuite, il a un excellent argument : ce sont les Etats-Unis qui ont réagi avec violence, pas les Australiens. La 1ère explication est toute bête : le racisme des Australiens, c'est historiquement envers les Aborigènes, pas les Noirs. Ça c'est l'affaire des Etats-Unis.

Côté australien, il n'y a pas de tabou lorsqu'il s'agit de représenter un ou une noire. Côté américain, par contre, oui. Plus encore lorsqu'il s'agit d'une femme : un des topiques les plus couramment racistes aux Etats-Unis est celui de la « angry black woman ».

La « femme noire en colère », un classique du racisme américain

C'est exactement ce qu'il dit lorsqu'il explique que son dessin est « pris en otage » d'un débat qui n'est pas le sien. En fait, le dessin de presse est peut-être un des exercices éditoriaux les plus dangereux du métier de journaliste.

On pense évidemment à Charlie Hebdo. Mais des dizaines de dessinateurs de presse sont menacés, emprisonnés, exilés. Comme Bonil, ce caricaturiste équatorien qui avait déplu a l'ancien président – de gauche – Rafael Correa qui l'avait trainé en justice.

Il y a Zunar en Malaisie qui a dénoncé la corruption et récolté plusieurs procès, risquant jusqu'à 43 ans de prison. Il y a la vénézuélienne Rayma, obligé de fuir son pays, comme Arifur Rahman, le bengladeshi, accusé d'avoir représenté le prophète en chat.

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