Les pénuries se multiplient en Algérie en ce début de ramadan. Signe de dysfonctionnement majeur pour une économie encore largement administrée.

"Le lait, en Algérie, se vend au cul du camion et en sachet plastique"
"Le lait, en Algérie, se vend au cul du camion et en sachet plastique" © AFP / ABDELHAK SENNA

Avez-vous déjà acheté du lait en sachet ? Alors c’est que vous n’êtes pas allé en Algérie. Tous ceux qui ont fait le voyage savent de quoi je parle et ont même un petit sourire aux lèvres. 

Le lait, en Algérie, se vend au cul du camion et en sachet plastique.

Or, depuis des années acheter du lait en sachet en Algérie est un calvaire. Les pénuries sont récurrentes et le moindre camion de livraison de lait est pris d’assaut.

Pas plus tard qu’il y a quelques jours, ont circulé sur les réseaux sociaux des images de foules houleuses à Bab-el-Oued. Elles assaillaient un camion de distribution Giplait. Les mêmes scènes se sont reproduites pour l’huile de table.

L'huile subventionnée et ...stockée plutôt que d'être vendue

Elle manquait il y en encore deux semaines ! Ces pénuries sont d’autant plus difficiles à supporter que pendant la période du ramadan, aucun plat, surtout pas sucré, n’est sensé manquer à la table des Algériens.

C’est souvent l’occasion pour les commerçants sur les marchés de se « refaire » en augmentant beaucoup le prix des denrées. Mais l’huile de table est subventionnée, c’est-à-dire que son prix est fixé par décret et ne peut varier. Ça c’est en théorie.

En pratique, les marges sont si faibles sur l’huile, par exemple, que grossistes et commerçants préfèrent ne pas la mettre en vente, carrément. D’où des stocks importants et pas d’huile dans les rayons.

Une économie administrée comme dans les années 1970

L’Algérie toujours pour modèle la planification socialiste des années 1970 du siècle dernier ! Par exemple, le prix de la semoule n’a pas bougé depuis un quart de siècle.

Les prix réglementés concernent les céréales, le lait, l’électricité, le gaz, les huiles, les semences de pommes de terre, les médicaments, les actes médicaux, les transports publics, les taxis, l’eau, les fournitures scolaires… et la liste est loin d’être exhaustive.

Ces subventions coûtent à l’État algérien un sixième du PIB national et servent en fait de « filet social ». Le problème, c’est que les plus riches paient le même prix – subventionné – que les pauvres. Ce qui crée une surconsommation, par exemple de l’essence.

L’essence deux fois moins chère qu'au Qatar

Jusqu’à un certain point : le litre de gasoil est, en Algérie, trois fois moins cher qu’au Maroc et deux fois moins qu’en Tunisie. Ce qui entraîne une contrebande massive. Il est même deux fois moins cher qu’au Qatar qui pourtant est aussi un producteur de pétrole.

Mais surtout, l’augmentation de la consommation de produits énergétiques est vertigineuse : 10% de plus tous les ans ! A ce rythme-là l’Algérie ne pourra plus exporter son pétrole dans les 10 ans mais devra entièrement consacrer sa production à sa population.

En clair, ce système est à bout de souffle et personne n’ose le réformer. C’est cette incapacité à affronter le réel qui a inspiré le mouvement Hirak de 2019. Que voulaient-ils, ces millions d’Algériens ? Que ce système étatique inefficace et corrompu dégage !

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