Scoop d'El País qui a eu accès à un rapport d'enquête andorran impliquant l'avocat de l'ex-président mexicain Peña Nieto. Un pacte de corruption à 108 millions d'euros.

Un scoop d'El País fait du bruit jusqu'au Mexique. Dans son édition du 12 janvier, le quotidien espagnol El País publie le rapport d'une unité d'enquête financière de la principauté pyrénéenne d'Andorre. Un rapport explosif.

Que dit ce rapport ? Qu'il est impossible de tracer l'origine de quelques 108 millions d'euros déposés en Andorre par un avocat mexicain, un certain Juán Ramón Collado.

Or M. Collado n'est autre que l'avocat d'Enrique Peña Nieto, président du Mexique jusqu'en novembre 2018. 108 millions d'euros pour un seul avocat, c'est cher les honoraires.

Pacte de corruption mexico-andorran

Pour en comprendre l'importance il faut revenir un peu en arrière : le document date d'octobre 2018 et décortique les sociétés écrans, les dizaines de transferts d'argent depuis le Mexique et les 23 comptes bancaires de l'avocat. Le tout dans une banque andorrane, la BPA, une banque dénoncée en 2015 par le Trésor américain et fermée la même année. 

Ces 108 millions d'euros correspondent donc à des opérations menées entre 2006 et 2015.

La question est plutôt : pourquoi tout cela a-t-il pris tant de temps ? D'abord à cause de l'extrême complexité des circuits financiers. Eh puis il y a eu la mauvaise volonté des Mexicains.

Les autorités mexicaines réticentes jusqu'en 2018

Tant que Enrique Peña Nieto était au pouvoir, les autorités judiciaires mexicaines ont tout fait pour éteindre l'incendie. En expliquant par exemple que l'affaire avait déjà été jugée au Mexique et M. Collado, l'avocat véreux, disculpé. Du coup affaire classée.

Seulement l'impensable est arrivé : le nouveau président mexicain, M. López Obrador, est un homme de gauche qui a fait campagne contre la corruption. Aussitôt arrivé au pouvoir, il a permis a l'enquête andorrane de reprendre son cours.

Quant à M. Collado, il dort en prison au Mexique depuis juillet dernier. Dans ses clients les plus « prestigieux », on retrouve de véritables caciques en plus de Peña Nieto : le fils d'un ex-président mexicain et un dirigeant de Pemex, l'entreprise pétrolière nationale.

L'Amérique latine fan des banques andorranes

C'était même devenu, avec la Panama, la destination de choix de la corruption sud-américaine. En 2018, la même juge avait même démonté un autre circuit de corruption portant sur 2 milliards de dollars détournés par des pontes du régime vénézuélien.

En fait, Andorre veut s'acheter une respectabilité internationale. La principauté est déjà sorti en 2017, avec la fin du secret bancaire, des listes des paradis fiscaux de l'OCDE et de l'Union européenne. Aujourd'hui, le pays veut entrer au FMI.

Pour y parvenir, il fait d'abord se laver les pieds... et ça passe par ces enquêtes longues et difficiles et par... des fuites dans la presse internationale. 

Andorre veut bien être un paradis pour skieurs et amateurs de duty free, pas plus une lessiveuse d'argent douteux.

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