Que se passe-t-il au Nicaragua ? Il se passe presque exactement ce qu'il se passe au Venezuela : un régime installé au pouvoir depuis onze ans, des élections vaines, une opposition muselée et des manifestations populaires réprimées dans le sang

Depuis presque deux mois de manifestations qui ont d'abord commencé par la capitale et qui aujourd'hui s'étendent à tout le pays, le régime sandiniste de Daniel Ortega a répondu par des balles réelles : déjà plus de 175 morts et des centaines de blessés.

En dix années de pouvoir, non seulement Ortega s'est installé durablement au pouvoir comme un vulgaire dictateur sud-américain mais il y a installé son épouse, vice-présidente qui n'hésite pas à peupler les émissions de télé en donnant des leçons.

Des leçons de bien-être, d'art et de «  bonheur au quotidien », et ce dans le pays le plus pauvre d'Amérique latine après Haïti. C'est presque elle, plus que lui qui est détestée. Lui, il a simplement déçu et surtout nourrit les soupçons de corruption généralisée.

Ces manifs sont donc dirigées avant tout contre ce couple au pouvoir ?

D'autant que pour le moment pas question dialogue : l'église catholique a bien tenté une médiation mais les dernières manifestations ont fait des dizaines de morts dans les rues de Managa et les vagues négociations qui avaient débuté ont été annulées.

Comme au Vénézuéla en fait, le régime a décidé de s'installer dans une espèce de résistance en ne comptant plus que sur des bandes armées et ce qui reste des militants ortégistes. Un face à face sans issue pour le moment et surtout sans volonté d'en sortir.

Après tout, doit penser Ortega et les siens, cette politique de résilience et de répression semble réussir à Nicolas Maduro, pourquoi pas l'imiter et épuiser l'opposition pour le moment n'est ni unie, ni véritablement légitime :

les manifestations restent largement spontanées et seule l'Eglise semble en mesure de négocier. Sauf que l'Eglise n'a, pour le moment réussi à rien, et ne veut surtout pas perdre le semblant de légitimité qu'elle a durement gagné en condamnant la répression.

Donc rien à faire pour le moment

Si, il y a un peu d'espoir tout de même : d'abord la société civile a commencé à s'orgagiser et une Alliance civique pour la justice et la démocratie vient d'être constituée qui rassemble syndacats, patronats, associations, étudiants.

Elle a appalé pour aujourd'hui a une grève générale qui semble réussie afin de s'imposer comme l'interlocuteur indispensable auprès du gouvernement qui, comme au Vénézuéla, tente des mesures dillatoires, comme proposer des élections anticipées.

Sauf que, justement, le Vénézuéla a servi de leçon et l'oposition refuse toute proposition qui viendrait d'Ortega sans le préaleble de sa démission. On en est là et les manifs commencent à s'étendre aux campagnes, pourtant traditionnellement sandinistes.

La vraie différence cependant avec le Vénézuéla, c'est l'armée. A Caracas comme à Cube elle est au cœur du pouvoir. Au Nicaragua, elle a déjà fait savoir qu'elle resterait en dehors de toute prise de position politique : les soldats resteront dans leurs casernes.

C'est aussi un façon de montrer que 30 ans après le temps de guérillas et des espoirs de gauche en Amérique centrale et du sud, le problème aujourd'hui n'est plus militaire et droite, mais bien militant et de gauche.

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