Les complotistes et partisans de Donald Trump ont dans le viseur ces milliers de présidents et d'assesseurs de bureaux de vote qui, aux Etats-Unis, ont des compétences très larges. Le but ? Intimider et faire de l'entrisme.

Les bureaux de vote de la discorde
Les bureaux de vote de la discorde © Getty / Hill Street Studios

J'ai voulu ce matin parler d’un reportage du Los Angeles Times : une enquête passionnante, mais un peu inquiétante sur le système démocratique étasunien. Tout commence par un simple problème de RH, de ressources humaines. Aux États-Unis, les élections sont organisées et supervisées par des « elections officials ».

L’équivalent de nos présidents et assesseurs de bureaux de votes. Sauf qu’aux États-Unis leurs responsabilités sont plus larges : ils doivent vérifier en amont la bonne organisation du vote, la qualité des machines à voter et ils certifient les listes électorales.

Généralement, ce « travail » est bénévole. Parfois une indemnité est prévue. Mais à un niveau supérieur, ces postes sont électifs : comme « clerc » d’élection au niveau des comtés, ou Secrétaire d’État, une sorte de ministre de l’Intérieur pour chacun des États.

Or suite à la contestation de l’élection de Joe Biden par Donald Trump et ses partisans, ce travail qui était purement logistique et administratif, c’est-à-dire très ennuyeux, est devenu dans les États les plus contestés un véritable calvaire.

Des officiers électoraux menacés

C’est peu de le dire : on ne compte plus les lettres anonymes avec menaces de mort, les posts injurieux par centaines voire l’intimidation directe :

C’est ce qui est arrivé à M. Raffensperger, Secrétaire d’État de Géorgie, qui a eu le malheur de certifier l’élection de Joe Biden. Les menaces ont commencé le jour d’après et vit depuis sous protection policière.

S’ajoute en plus le fait que dans certains États, les Républicains ont adopté des lois qui visent ces officiers électoraux. Désormais ils risquent des amendes allant jusqu’à 10 000$ pour une simple erreur administrative. C’est beaucoup pour un boulot bénévole.

J’en viens donc au fameux problème de RH : devant une telle ambiance, des milliers de ces « officiers électoraux » ont démissionné ou ont décidé – quand ils sont fonctionnaires – de prendre une retraite anticipée. Il faut donc recruter et beaucoup !

Les complotistes visent ces postes

Le Los Angeles Times explique que ces postes sont tout à coup devenus désirables pour une partie bien précise de la population : les complotistes, d’extrême-droite ou non ! 

Ils y voient un moyen de fragiliser le système démocratique de l’intérieur. Imaginez : il suffit qu’ils ne certifient pas comme il se doit une liste électorale ou qu’ils laissent dysfonctionner une machine à voter pour, ensuite, faire annuler le vote.

Il y aussi les partisans de Donald Trump. Pour eux, l’important n’est même plus le gouverneur ou le Secrétaire d’État, mais bien ces postes sans relief ni honneur que sont les officiers électoraux, les rouages cruciaux et souvent insoupçonnés de la démocratie.