Depuis un mois des milliers de drapeaux rouges signalent dans toute la Colombie les foyers qui ont faim. Mais c'est toute l'Amérique latine, du Mexique aux Andes, qui risque de sombrer dans la disette.

Des résidents affichant des chiffons rouges à leur fenêtre attendent la livraison de vivres par le maire de Bogota, Colombie, le 13 mai 2020
Des résidents affichant des chiffons rouges à leur fenêtre attendent la livraison de vivres par le maire de Bogota, Colombie, le 13 mai 2020 © AFP / Raul ARBOLEDA

On part ce matin en Colombie où partout flottent des petits drapeaux, des écharpes, des chemises, des mouchoirs... un peu de tout en fait, mais toujours rouge. Et si des milliers de drapeaux flottent ainsi aux balcons dans toute la Colombie, c'est pour signaler les habitations de ceux qui ont faim.

Pourtant, avec un peu moins de 500 morts, la Colombie n'est pas le pays le plus durement touché par le Covid-19 en Amérique latine. C'est le confinement qui, là-bas, fait des ravages : plus d'activité économique, plus d'argent, plus rien à manger.

Les pays les plus touchés par la pandémie

En Amérique du Sud, il y a le Pérou, l'Equateur et le Brésil. Le problème est que ces pays disposent de très peu de tests et que leurs hôpitaux sont rapidement débordés, avec des scènes que le monde entier a vu de cadavres abandonnés en pleine rue en Equateur.

Mais dans son édition d'hier, le New York Times qui tient un décompte mondial de la surmortalité, n'hésitait pas à écrire que l'épidémie latino-américaine rivalisait désormais en proportion et en nombre de victimes avec celle qui a dévasté l'Europe  "Le nombre de morts à Lima, au Pérou, rivalise avec les pires moments de l'épidémie parisienne. La surmortalité à triplé à Manaus, au Brésil, une explosion digne de Londres ou Madrid et à Guayaquil, en Equateur, c'est cinq fois plus de morts qu'à la normale".

Les pays épargnés

Sans qu'on s'explique bien pourquoi, des pays sont relativement épargnés par le coronavirus. Le Chili par exemple. Peut-être parce qu'il a confiné vite et parce qu'il est plus riche et mieux équipé que ses voisins. La Paraguay aussi, entièrement enclavé et isolé, s'en sort bien.

Mais, par exemple, le Pérou est le premier pays d'Amérique latine à avoir confiné sa population. De plus, Lima a plus de moyens que d'autres : des allocations ont été distribuées, des prêts ont été accordés, pour soutenir travailleurs et entreprises. Et pourtant, l'épidémie y fait des ravages, tout autant qu'au Mexique ou au Brésil qui, eux, ont tergiversé et tardé à réagir, voire pire comme dans le cas du Brésil qui compte déjà plus de 10 000 morts officiels. Mais le décompte final risque d'être épouvantable.

Ces malades qui meurent chez eux et ne sont pas comptabilisés

Le problème est partout le même : le Mexique déclare environ 3 500 décès dûs au Covid-19. Or, pour la seule ville de Mexico, la surmortalité serait de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers de personnes rien que pour le mois d'avril.

Dans beaucoup de ces pays, où l'accès aux soins est très limité et souvent réservé aux plus riches ou à la classe moyenne, on meurt à domicile sans avoir vu de médecins et sans avoir protégé les siens. On ne connaîtra donc les vrais chiffres que très tard cette année... si on parvient même à le savoir un jour

Enfin, il y a la crise économique qui, elle aussi, risque de faire des ravages : pour des pays comme l'Equateur, le Vénézuéla ou Haiti qui sont en crise économique depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, le Covid-19 vient aggraver la situation. Ce ne sont pas des milliers de drapeaux rouges, comme en Colombie, qu'on pourrait bientôt voir se hisser en Amérique du Sud, mais des millions accompagné de ce dicton si sud-américain : « la faim est comme la tristesse, elle fait mal ».

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