Celui qui va succéder à Barack Obama connaît bien mal le continent Africain.

L’AGOA permet à 39 pays africains d'être exonérés de taxes à l'exportation vers les États-Unis. Sous la présidence Obama, cet accord de libre-échange était utilisé comme un outil indirect de promotion des droits de l'Homme. Le Swaziland en a par exemple été exclu en 2015 en raison du caractère répressif du régime monarchique. Mais il pourrait être aboli, Trump l’ayant déclaré à maintes reprises.

Certains pays africains ne se remettraient pas d’être délaissés par les États-Unis. Sous la présidence Obama, Washington a augmenté son aide au développement, passant de 5 milliards de dollars en 2007 à 8,5 milliards de dollars par an aujourd’hui.

Au Malawi, 700 millions de dollars ont été dépensés par l'agence américaine de développement (USAID) ces cinq dernières années. Beaucoup dépendent de manière significative de ce soutien financier pour développer leurs programmes de santé, d'éducation ou d'agriculture.

Au cours de sa campagne électorale, Donald Trump n’a évoqué qu’à de très rares occasions le continent africain. Au sujet de l’Afrique du Sud il déclarait :

J’aime beaucoup Nelson Mandela mais l’Afrique du Sud est un foutu nid à criminels prêt à exploser.

En octobre, à Indianapolis, le milliardaire affirmait que « certains Africains sont des sots paresseux, tout juste bons à manger, faire l’amour et voler ». Ces « ennemis du progrès » auraient transmis à nombre d’afro-Américains cette fâcheuse tendance à « vadrouiller dans les ghettos en déplorant la façon dont ils sont discriminés ». Accusant le gouvernement Kenyan de voler l’argent de son pays pour investir à l’étranger Avec cette conclusion magistrale : ces pays africains devraient être colonisés pour un autre siècle parce qu’ils ne savent rien du leadership et de l’auto-gouvernance. On dirait du Daniel Morin parodiant Trump mais c’est du Trump authentique.

Après tout, ce continent lui sert déjà de terrain de jeu familial. Sur Internet circulent les photos de ses fils Donald Junior et Eric en plein braconnage d’espèces zimbabwéennes protégées.

Il n’y a que la concurrence avec la Chine qui pourrait pousser Donald Trump à s’intéresser au continent. Les Etats-Unis sont bien conscients d’être très en retard face à l’offensive chinoise en Afrique, en particulier dans l’accès aux matières premières. En businessman, Trump devrait adopter une politique pragmatique basée sur les intérêts américains avant tout, économique et sécuritaires, et relayer au second plan les exigences démocratiques et les questions climatiques.

  • Une revue de presse africaine, avec la réaction du continent après l’élection de Trump

L’Afrique glissera vers le bas de la liste des priorités de la politique étrangère de l’administration de Donald Trump", assure Peter Vale, professeur à l’université de Johannesbourg, dans une tribune publiée sur le site sud africain The Conversation. Pour l’universitaire, Trump va gérer le continent comme il gère ses affaires.

En bon businessman, il exigera un retour sur investissement. Or peu de pays africains sont en mesure de lui en assurer. Sa réponse pourrait alors être celle d'un présentateur de reality show : éjecter tous les candidats qui ne rentreraient pas dans le rang.

Cette victoire de l'homme d'affaires américain, l'Observateur Palaga du Burkina Faso relativise. « Pour nous autres Africains, qu'importe du reste que ce soit l'Oncle Donald ou Tata Hillary qui devienne le 45ème président de l'Union, on s'en fiche royalement. Avez-vous seulement entendu parler du continent noir pendant la campagne électorale ?

Le premier président du continent a avoir félicité le nouvel élu, c'est le chef d'Etat égyptien, Al-Sissi. Donald Trump apportera "un nouveau souffle aux relations égypto-américaines".

Au Gabon, Ali Bongo souligne dans un tweet l'amitié qui lie son pays aux Etats-Unis.

Yoweri Museveni, président ougandais, a également tweeté ses félicitations et indiqué qu'il était impatient de travailler avec le candidat victorieux comme il l'avait fait avec ses prédécesseurs. Au pouvoir depuis 1986 en Ouganda, il félicite ainsi son 5e président américain.

Au Niger, Mahamadou Issoufou, réélu cette année avec plus de 92% des suffrages alors que l'opposition avait boycotté le scrutin, se réjouit de la bonne tenue des élections, et félicite Donald Trump.

Le président du Congo Sassou Nguesso, depuis Brazzaville, adresse aussi un message au président élu.

Pour le président du Burundi, Pierre Nkurunziza c'est un soulagement. Plusieurs personnalités proches de lui et le chef des renseignements militaires sont sous le coup de sanctions américaines

En RDC aussi, cette élection fait naître des espoirs pour le pouvoir : le Trésor américain a gelé les avoirs de plusieurs généraux .

Le président Joseph Kabila félicite Donald Trump pour "sa brillante élection" et souhaite : "un affermissement des relations d'amitié et de coopération qui existent" entre la République démocratique du Congo et les Etats-Unis.

Pour Le Djely guinéen, ces félicitations venues en majorité de dirigeants sur la sellette ou sous pression de la communauté internationale n'a rien d'étonnant :

On peut penser que les petits dictateurs du continent auront moins de soucis à se faire avec le nouveau président que les Américains se sont choisi : un président fan de Vladimir Poutine et qui promet de normaliser les rapports avec la Corée du Nord.

Une chose est certaine, Donald Trump n’a pas bonne presse en Afrique. Et certains Africains installés outre-Atlantique ont même envisagé de plier bagages dès l’annonce de sa victoire. C’est le cas de l’écrivant nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature qui a déclaré au journal britanniqueThe Guardian :

Je vais déchirer ma carte de séjour moi-même et commencer à faire mes valises. La première chose que doivent faire les titulaires de la carte de séjour des Etats-Unis est de s’en débarrasser.

La voix de la sagesse vient de Dansa Kourumu, président du conseil national des organisations de la société civile guinéenne «Donald Trump a déjà montré que l’Afrique ne représente aucun enjeu pour lui. Il appartient aux Africains de s’adapter au nouvel ordre mondial ».

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