Cinq manifestants libérés à Bab El Oued mais condamnés à Alger et pour la même raison : avoir déployé un drapeau amazigh. A quoi joue le pouvoir algérien ?

Des manifestants brandissent le drapeau Amazigh en juin 2019
Des manifestants brandissent le drapeau Amazigh en juin 2019 © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Ils sont cinq : cinq manifestants en détention provisoire depuis le 21 juin pour avoir arborer dans les manifestations du vendredi un drapeau amazigh, l'étendard des berbères, donc des kabyles algériens. Le tribunal de Bab el Oued les a donc relaxé.

A l'annonce du verdict, vous imaginez la réaction du public dans et au dehors du tribunal : une véritable explosion de joie et de youyous ! Les avocats, aux anges, sont lyriques : « le tribunal de Bab el Oued vient de briser la soumission ».

Quelle soumission, me direz-vous ? Celle de la Justice à l'exécutif, ce qu'on appelle en Algérie la Justice du coup de fils. Une justice illustrée avant hier par la condamnation d'un autre tribunal algérois, pour les même faits, de 28 manifestants à six mois ferme.

Une justice du coup de fils

D'abord, il faut comprendre la géographie sociale de ces deux tribunaux : Bab el Oued, c'est une banlieue populaire d'Alger qui se soulève pour trois fois rien. Le tribunal qui s'y trouve fait généralement très attention à ne pas inutilement fâcher la foule.

L'autre tribunal, celui de Sidi M'Hamed, est lui situé en plein centre-ville d'Alger et sa juridiction englobe les places grands-boulevards haussmanniens. Les beaux quartiers en somme. Un tribunal tape-dur donc, plus facilement contrôlable et moins contestataire.

Voilà pour l'explication géographique. Mais il y a une autre explication qui tient cette fois du jeu du chat et de souris qui se joue en ce moment entre le pouvoir et la rue : le tribunal de centre-ville est situé tout près des rédactions, il est donc très médiatique.

Condamnés  pour la télévision

On incarcère et on condamne en Algérie pour absolument n'importe quoi ! A commencer par ces interpellations pour avoir manifesté avec le drapeau amazigh : rans le code pénal algérien ne l'interdit. Mieux, la langue et la culture amazigh sont protégées.

Et par la constitution encore ! Il a fallu trouver une astuce et ces manifestants sont donc poursuivis pour « atteinte à l'unité nationale ». En fait, le pouvoir algérien veut casser ces manifestants qui, depuis 38 semaines, n'ont jamais cessé d'envahir les rues du pays.

Des dizaines de fortes têtes sont arrêtés ainsi tous les jours,  quant aux juges, ils sont rentrés dans le rang après avoir fait grève 10 jours. Le pouvoir à même été très malin : il en a muté 3 000 pour bien les secouer et montrer qui était le maître.

L'enjeu, c'est l'élection présidentielle du 12 décembre

Exactement ! Et chacun joue sa partie : le pouvoir arrête à tour de bras mais prend bien garde de ne pas commettre l'irréparable. Le manifestants du mouvement Hirak sont chaque vendredi plus nombreux mais manifestent sans heurts, ni saccages.

Quand à la présidentielle, c'est dans un mois tout de même, le pouvoir ne prend même pas la peine de l'organiser concrètement. On sait simplement que, pour la 1ère fois depuis 20 ans, il n'y aura ni observateurs, ni journalistes internationaux. Autrement dit, le pouvoir ne veut pas de témoin : le chat et la sourie et, plus dangereux, le huis-clos !

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