La ville de Sbeïtla, dans le centre de la Tunisie, est la proie de manifestations suite à la mort d'un kiosquier informel. Une mort particulièrement atroce et symbolique pour cette jeune démocratie.

On part en Tunisie ce matin, où des manifestations secouent le centre du pays. Pour l’instant, elles semblent limitées à la ville de Sbeïtla. Une petite bourgade d’environ 25 000 habitants, connue pour ses remarquables ruines romaines. Mais c’est la raison de ces manifs qui inquiète les autorités :

Elles ont éclaté après la mort, dans la nuit d’hier, d’un vieil homme qui dormait dans le kiosque fait de bric et de broc de son fils. Un point de vente illégal que les autorités ont voulu détruire au bulldozer, sans savoir, ni vérifier, s’il y avait quelqu’un à l’intérieur.

L’homme est mort sur le champ et aussitôt des habitants de Sbeïtla ont bloqués les routes et ont commencé à s’en prendre aux biens municipaux et aux policiers. La situation est suivie de près, et directement à Tunis, tant la charge symbolique est forte.

Une redite de la Révolution tunisienne de 2011 ?

Le 17 décembre 2010, un petit vendeur de rue désespéré s’immolait devant le siège du gouvernorat de Sidi-Bouzid, une ville comme Sbeïtla du centre la Tunisie. La police venait de lui confisquer sa charrette à bras et son stock de fruits et légumes.

Deux semaines plus tard il mourrait et son sacrifice a marqué le début de la fin pour le régime policier de Ben Ali et le point de départ de tous les Printemps arabes de 2011. Voilà pourquoi la mort hier de ce kiosquier est prise très au sérieux par Tunis.

Le gouvernement qui, par ailleurs, vient à peine d’être nommé, a aussitôt limogé le préfet, le sous-préfet et le chef de la sécurité de Sbeïtla. Il a aussi envoyé des renforts de police pour sécuriser les édifices officiels : commissariat, mairie, etc…

Un pays en crise grave

Et il n’est pas que Tunisien ! En octobre 2016, au Maroc, c’est un jeune vendeur de poisson d’Al-Hoceïma, dans le nord rifain du pays, qui est mort happé par une benne à ordures dans laquelle la police avait jeté son stock de poissonnier ambulant.

Des centaines de milliers de Marocains avaient alors manifesté en solidarité. En fait, ces commerces de rue sont souvent la seule source de revenus de familles entières, surtout dans cet arrière-pays tunisien, éloigné des grandes villes côtières et touristiques.

De plus, le Tunisie s’enfonce dans une crise économique très grave, due à la Covid19. Cette année 2020 devait être celle du retour des Européens sur les plages tunisiennes. La pandémie a détruit cette perspective et le chômage touche un Tunisien sur cinq.

Les jeunes Tunisiens par centaines choisissent d’ailleurs de fuir le pays en barcasses pour l’Europe. En clair, la Tunisie officielle ne veut surtout pas ajouter à ces problèmes un mouvement social d’ampleur qui, une fois de plus, viendrait de ces régions centrales.

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