Il s'appelle Moukherjee, il est créateur et est particulièrement célèbre pour ses créations de saris. Des splendeurs colorées, brodées et re-brodées qu'il a l'habitude de faire porter par le tout Bollywood et qui valent des fortunes.

Il donnait, en janvier, une conférence sur la mode indienne à Harvard, aux Etats-Unis, et alors qu'une jeune indienne lui posait une question sur la modernité du sari – une question parfaitement légitime en somme – voilà ce qu'il a répondu : 

Si vous me dites que vous ne savez pas comment porter un sari, je vous répondrai : honte à vous ! Le sari appartient à notre culture, il faut le défendre

Un sari, c'est près de 6 mètres de tissus à plisser puis à draper sur l'épaule.

C'est donc une affaire sérieuse et complexe et, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ce n'est pas plus simple à ajuster pour les Indiennes que pour les occidentales. Même si des dizaines de millions d'Indiennes le portent quotidiennement.

Il a immédiatement été moqué sur les réseaux sociaux

Des dizaines de milliers de messages et de moqueries sont venus le cueillir sur le thème : 

1) Encore un homme qui se permet d'expliquer aux femmes la façon dont elle doivent s'habiller. 

2) Que sait-il des besoins d'une femme du commun avec ses saris de riches.

Depuis, il s'est excusé. Après tout, il vit littéralement du vêtement des femmes. Et ce d'autant plus vite que dans le même discours, il expliquait que l'équivalent masculin du sari, le dhoti, « était mort » mais sans cette fois-ci sans culpabiliser les hommes.

L'affaire pourrait s'arrêter là et être une péripétie de plus dans un monde globalisé où les femmes – de l'Inde aux Etats-Unis en passant par l'Europe, l'Afrique et la Monde arabe – prennent la place qu'il leur revient. Sauf que le sari indien est tout sauf neutre.

Depuis l'arrivée au pouvoir des nationalistes hindouistes du Premier ministre Narendra Modi, le vêtement traditionnel, comme la yoga ou le végétarianisme, s'est retrouvé chargé politiquement d'indianité, c'est-à-dire de valeurs propre à l'Inde éternelle.

Et la mode a, en partie, suivi cette renaissance par le biais d'un programme tout a fait officiel, le « make in India ». En clair, sous Narendra Modi, il faut penser indien, s'habiller indien, manger indien et cela finit par exclure beaucoup de monde en Inde.

A commencer par les musulmans indiens

C'est effectivement eux qui sont en priorité visés. On l'oublie souvent, mais l'Inde est le troixième, voire le second pays musulman au monde avec ses environs 150M d'indiens de confession musulmane, c'est-à-dire 15% de la population totale.

Mais revenons au sari, que les musulmanes indiennes portent d'ailleurs, tout autant que les pakistanaises ou les bangladaises, elles-aussi musulmanes. Ne serait-ce que pour rappeler que c'est dans cette région que, pour la première fois, des femmes ont dirigé.

Vingt ans avant l'Europe et Margaret Thatcher, le Sri Lanka avec Sirimavo Bandaranaïke puis l'Inde, en 1966, avec Indira Gandhi, puis le Pakistan musulman avec Benazir Bhutto et enfin le Bangladesh de Sheikh Hasina, avait largement montré l'exemple.

Bien sûr, on pourra toujours me dire qu'il s'agit de « fille de », voire de « femme de ». C'est vrai, mais ces femmes ne sont pas imposées par un coup d'Etat militaire ou un coup de force : des centaines de millions de leurs concitoyens ont votés pour elle.

L'Inde a aussi montré la voie en matière de droit des femmes

C'était fin 2012, après un viol collectif dans un bus à New Dehli. Des millions de femmes indiennes sont descendues dans les rues de tous le pays. Un moment charnière dans l'histoire de l'Inde et dans la lutte mondiale contre les violences faites aux femmes.

Certains ont même pu parler de moment « révolutionnaire » et je partage ce point de vue. Alors, vous imaginez bien que ce n'est pas un styliste pour dames riches qui va impressionner le mouvement irrépressible vers la liberté des femmes indiennes !

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