On dit là-bas "rectifier l’orthographe" et on a même imprimé un "petit livre d’OR" pour "orthographe rectifiée".

En Suisse, on simplifie l'orthographe
En Suisse, on simplifie l'orthographe © Getty / PhotoAlto/Anne-Sophie Bost

Effectivement, dès 2023, les écoliers francophones suisses apprendront un français assoupli, une langue qui tendra à rapprocher l’oral de l’écrit dans le but de faciliter l’apprentissage.

En tout, 14 nouvelles règles s’imposeront désormais qui portent sur les accents circonflexes – amenés à se raréfier - ; sur certains doubles « l » ou « t » qui disparaîtront ainsi que les abominables doubles « t » des suffixes verbaux en otter, genre grelotter.

Mais je vais laisser la journaliste et chroniqueuse du Temps de Lausanne, Aïna Skjellaug – dont le nom de famille est déjà un poème orthographique à lui tout seul – résumer en quelques mots cette affaire. Désormais en Suisse :  

« On ne grelotte plus, on grelote lorsqu’il neigeote. On n’interpelle plus, on interpèle la dentelière ». Les guiboles perdent un « l » comme les giroles mais pas la folle, ni la colle, encore moins si elle est molle. 

« Chapeau bas à tous les circonflexes qui coiffaient les « i » et les « u » : la boite, l’abime et la croute se retrouvent têtes nues. Le pingpong, la bassecour et le piquenique perdent leurs tirets que l’on retrouve par contre dans tous les chiffres composés ».

En France aussi on a adopté ce genre de réforme orthographique…

D’abord, on a mis le temps : l’orthographe simplifiée a été proposée en 1990 et approuvée par l’Académie française mais n’a été appliquée qu’en 2016 et encore, devant les cris d’orfraie des thuriféraires de notre langue, avait-on adopté un compromis : 

Dans la plus pure tradition de complexification française, les deux orthographes – l’ancienne et la moderne - coexistent licitement. Les Suisses, eux, sont plus carrés puisqu’ils ont bel et bien décidé de substituer l’une à l’autre. Point barre !

Vont-ils plus loin que nos Académiciens ?

Il me semble que oui. Par exemple, les termes venus d’une autre langue seront francisés, en particulier pour « les accents et les marques du pluriel » : des maximums, des coachs, un buldozeur, mais aussi une assez indigeste paélia. 

Permettez-moi d’ajouter que l’Académie française n’a pas toujours eu la main très heureuse avec par exemple « mel » plutôt que le magnifique mais québécois courriel. Encore récemment avec « la » covid alors que l’usage - qui fait loi - avait déjà imposé le Covid. 

Alors un peu d’humilité ! 

Surtout depuis que la France n’est plus le 1er pays francophone au monde. C’est la République démocratique du Congo et ses 87 millions d’habitants qui l’est devenu. Désormais, le français s’invente et se renouvelle aussi ailleurs.