Il y a quelques mois encore, on s'arrachait le jeune prince héritier d'Arabie saoudite, ce réformateur éclairé. Aujourd'hui, sa brutalité, pour ne pas dire pire, le rend presque infréquentable. Mais pour combien de temps ?

Direction l'Arabie saoudite... où rien ne va plus pour le prince héritier. Mohamed Ben Salman, le réformateur, le prince éclairé, celui qui, d'une main majestueuse donnait aux Saoudiennes la liberté de conduire, et de l'autre généreuse, celle d'aller au concert, au cinéma, voire d'envisager un avenir glorieux pour leur pays !

Mohamed Ben Salman que l'on s'empressait de visiter, d'inviter, de courtiser il y a quelques mois encore. Ce prince si jeune, 33 ans, dont certains médias louait la modernité réformatrice. Ce même Mohamed ben Salman sent aujourd'hui le roussi.

Le meilleure preuve de cette disgrâce étant les défections chaque jour plus nombreuses à « son » forum économique, la prunelle de ses yeux, ce rendez-vous des puissants de la terre avides d'investir en Arabie saoudite, et surtout de plaire : le FII 2018 de Ryad.

Le « Davos du désert » en péril

Disons plutôt la version économico-politique du jeu télévisé : « Qui veut gagner des millions ? », une version où et les millions deviennent des milliards de dollars et avec le suspense en moins  : parce que tous ceux qui y vont ont des choses à vendre et que le seul client, c'est l'Arabie saoudite.

Ou plutôt le Fond souverain saoudien, enrichi par les recettes pétrolières, et qui fait rêver la planète entière : 200 milliards de dollars aujourd'hui, 400 milliards en 2020 et, peut-être 2 000 milliards en 2030. C'est-à-dire, grosso modo, le PIB de l'Italie !

Pas question de passer son tour. Quitte à fermer les yeux sur la guerre au Yémen, des dizaines de milliers de morts et un désastre humanitaire, sur le blocus baroque du Qatar ou sur les centaines d'opposants exécutés ou emprisonnés. Ryad vaut bien une messe.

L'affaire Khashoggi, l'affaire de trop

Pour les investisseurs du monde entier, il y a d'abord eu l'affaire du Ritz Carlton de Ryad. En 2017, la 1ère édition de ce « Davos des sables » a eu lieu dans cet hôtel au luxe ahurissant : un hall de cathédrale, partout des lustres vénitiens.

Or quelques jours à peine après la clôture, le prince héritier y faisait enfermer 200 hommes d'affaires et prince saoudiens richissimes pour les rançonner. Je ne suis pas en train de les plaindre, mais ça a jeté un froid dans le tout petit monde des affaires.

Mais vous avez raison, l'affaire Khashoggi a achevé de rendre Monsieur Mon Prince infréquentable. De quoi s'agit-il ? Jamal Khashoggi est un journaliste saoudien très critique envers le prince qui depuis un an avait obtenu des Etats-Unis l'asile politique.

La brutalité d'un prince

Il est entré dans le Consulat d'Arabie saoudite et n'en est jamais ressorti. Selon les Turcs, il aurait été torturé, tué puis démembré dans le consulat par une équipe d'une quinzaine de Saoudiens, arrivés en jet et repartis le soir même pour Ryad.

Pourquoi cette thèse barbare est-elle vraisemblable ? Parce qu'elle colle au personnage : du Yémen, au Qatar et passant par les milliardaires rackettés et aujourd'hui, l'opposant découpés en morceaux, il y a un point commun : l'extrême brutalité de ce prince.

J'ajouterais en plus, un sentiment d'impunité que lui donne son statut tout puissant en Arabie saoudite et le constat que d'autres de lui, tout aussi autocrates, Poutine à Londres, Erdogan chez lui, multiplient les exactions sans grandes conséquences.

Ne pas oublier qui est le maître

Oui, pour deux raisons : d'abord, Kashoggi était protégé par les Etats-Unis. Or Mohamed Ben Salman a oublié un principe tout bête : un employé est avant tout payé pour éviter les ennuis à son supérieur hiérarchique. Or là, MBS pose un problème à Donald Trump.

Deuxième raison : il s'agit d'un journaliste. Impossible pour les médias internationaux de continuer à fermer les yeux : tous ont annulé leur présence à ce fameux forum : tous demandent des comptes. Ce qui fait deux problèmes pour Donald Trump. En ce, juste avant des élections cruciales. Et ça, c'est impardonnable. Enfin, pour le moment !

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