Sans travail ni revenus à cause du confinement, des exilés économiques vénézuéliens reviennent au pays. Ils sont accueillis difficilement côté vénézuélien.

Des Vénézuéliens de retour chez eux à cause du Covid-19 le 13 avril 2020
Des Vénézuéliens de retour chez eux à cause du Covid-19 le 13 avril 2020 © Getty / Daniel Munoz/VIEWpress

On part pour le Venezuela ce matin, qui voit revenir des exilés économiques. C'est une des conséquences les plus inattendues de la pandémie. On sait que, depuis cinq ans, près de 5 millions de Vénézuéliens ont fui pour échapper à la crise économique dantesque qui frappe leur pays. La moitié environ est installée en Colombie.

On sait aussi que la majorité d'entre eux vivent de petits boulots : vendeurs de rue, ouvriers à la journée voire mendiants dans les rues des grandes villes colombiennes, péruviennes ou équatoriennes. A Bogotá, par exemple, leur spécialité c'est les beignets !

Or, cette économie de subsistance n'a pas résisté longtemps au confinement généralisé de ces pays : plus de clients dans les rues, plus d'argent et donc... plus les moyens de se loger : ils repartent là où ils ont un domicile et de la famille : au Venezuela donc.

Le confinement porte déjà un coup fatal à pas mal de secteurs économiques. Les migrants vénézuéliens sont au bout de la chaîne des aides publiques. La Colombie a bien distribué des provisions, et les ONG tentent d'aider, mais c'est trop peu, trop tard.

En 10 jours, plus de 6 000 personnes sont repassées côté vénézuélien. Beaucoup ont parcouru à pied les 556 km de route qui sépare Bogotá de la frontière : les camionneurs, qui souvent les prennent en stop, ont cessé de peur d'être infectés par le coronavirus.

Ça paraît peu 6000 personnes en 10 jours

Il faut ajouter 4 000 autres qui sont passés par le Brésil. Mais c'est vrai, qu'on est loin des 4 à 5000 passages quotidien que l'on constatait au plus fort de la crise économique vénézuélienne, il y a à peine un an. Mais c'est un début !

Or le problème est que ces « revenants » - si vous voulez – posent un problème sanitaire grave. Le Vénézuéla a, en tout et pour tout, que 84 lits de soins intensifs dans ses hôpitaux. C'est ridicule pour un pays qui comptait 32 millions d'habitants en 2017.

Caracas n'a déclaré que 181 cas de covid19. En fait, personne ne sait rien de l'étendue de l'épidémie. Le 4 avril, une biologiste de l'hôpital de Trujillo, Andrea Sayago, a été arrêtée pour avoir osé évoquer sur WhatsApp un cas de covid19 dont elle avait la charge.

Ces « revenants » sont-ils bien accueillis une fois au Venezuela ?

Si l'on écoute Nicolás Maduro, le président vénézuélien, ils sont « accueillis les bras ouverts », victimes qu'ils sont « de la xénophobie ». Au Vénézuéla, ils retrouveront – je cite toujours - « une terre de Paix et d'espoir ». 

Maintenant passons à la réalité : lorsqu'ils passent la frontière, ces « revenants » sont mis en quarantaine dans des gymnases ou des écoles ou ils s'entassent par centaines, voire par milliers. Ils sont gardés par l'armée et la police, et ont quelques heures d'eau par jour et très peu de nourriture.

La crise et les pénuries au Venezuela sont connues de tous !

C'est vrai : ce qu'ils vivent, tous les Vénézuéliens le vivent. Sauf que, eux, sont bloqués loin de leur famille. Par ailleurs, si effectivement la crise en est à sa septième année, un fait nouveau vient encore aggraver la situation : la chute brutale des prix du pétrole.

Autour de 30 dollars le baril, extraire le pétrole vénézuélien n'est plus rentable. Plus de pétrole, donc plus d'essence ! En quelques jours, le pays est passé de l'essence la moins chère du monde à une des plus coûteuses : 3,50€ le litre de diesel au marché noir !

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