Depuis mi-octobre, les Libanais manifestaient pacifiquement leur mécontentement. Dimanche, une centaine de blessés sont venus assombrir ce bilan jusqu'à lors presque festif. Que comprendre ?

Le Liban s'embrase. Affrontements à Beyrouth le 14 décembre 2019
Le Liban s'embrase. Affrontements à Beyrouth le 14 décembre 2019 © AFP / ANWAR AMRO

Des manifestations ont dégénéré dimanche au Liban 

Plus d'une centaine de blessés. Nos confrères de RFI, hier, titrait : « Beyrouth, comme un champ de bataille » pour marquer le contraste entre les manifs de ce week-end et celles, presque bon enfant, des semaines précédentes : les Libanais manifestent en effet depuis le 17 octobre.

« Les rues sont jonchées de pierres, de centaines de douilles de bombes lacrymogènes, de panneaux de signalisation routière arrachés. Certaines bennes à ordures incendiées par les manifestants sont encore fumantes », écrit encore le correspondant de RFI.

Que s'est-il passé ? D'abord, ce n'est pas la 1ère fois que l'on relève des blessés dans les rues de Beyrouth : fin novembre, le Hezbollah chiite pro-iranien avait déjà donné de la voix contre les manifestants, pour protéger son emprise sur le pouvoir.  

Il y avait déjà eu des blessés et même un mort. Et pour que personne ne doute des intention du Parti de Dieu, son leader Hassan Nasrallah, avait prononcé un discours très dur, disqualifiant l'ensemble du mouvement et menaçant de rétorquer avec violence.

L'armée libanaise, efficace jusqu'à un certain point appelé Hezbollah

Elle le fait depuis le début, elle le fait avec discrétion et avec efficacité. Elle est parvenue à éloigner le pire, à savoir des miliciens armés et juchés sur des motos qui plusieurs fois ont menacé de fondre sur les manifestations.

Mais pas question de s'en prendre au Hezbollah, au risque de briser le fragile consensus qui lui permet encore d'exister et de servir de juge de paix ultime. En fait, l'armée libanaise est comme l'ensemble du pays : dans un équilibre confessionnel précaire.

Qu'est-ce que le Liban ? C'est un marche d'empire, un pays qui n'existe que parce qu'il est à la confluence de l'Est et de l'Ouest. Un point d'équilibre en somme qui sépare des intérêts plus grands que lui et qui les résume tous en son sein.  

Le liban, fait la balance régionale entre l'Iran, l'Arabie saoudite voire même Israël, entre Sunnites et Chiites, entre Chrétiens et Musulmans. Pour maintenir cet équilibre, il lui faut des parrains. Les Etats-Unis jouaient ce rôle avec l'Iran et son Hezbollah.

Les Etats-Unis de Donald Trump en retrait

Et ça s'est vu avec l'abandon en rase campagne de ses alliés kurdes en Syrie. Il y a même des conseillers à Washington qui voudraient en profiter pour cesser de porter à bout de bras l'armée et l'économie libanaise – qui est largement dollarisée.

La France, ne rêvons pas, n'a plus joué d'autre rôle, et ce depuis la fin du mandat français sur la région, que celui d'un « supplément d'âme ». Une sorte de visage souriant et cultivé qui venait adoucir la main de fer américaine d'un gant de velours précieux.

Reste donc l'Iran. D'ailleurs, les manifestations dans ce qu'on appelle « le crissant fertile » ont lieu dans les deux pays où l'influence iranienne est sans partage, l'Irak et le Liban. Deux pays dont les Etats-Unis se sont, soit retirés, soit sont en train de la faire.

Pour les manifestants, c'est presque plus facile : ils ont une seule puissance à affaiblir. Mais c'est aussi le problème : l'Iran ne lâchera rien. La survie du régime dépend autant de son influence régionale que de sa résilience en interne. Autrement dit, il y aura d'autres blessés  de Bagdad, de Bassora ou de Beyrouth

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