La Syrie a toujours été fière de son réseau ferroviaire… jusqu'au ce que la guerre civile le détruise en partie. Aujourd'hui, le régime a fait de sa réhabilitation une priorité et la marque symbolique de sa reprise en main du pays.

Des ouvriers en train de réhabiliter une ligne ferroviaire près d'Idlib en Syrie (photo prise le 5 novembre dernier)
Des ouvriers en train de réhabiliter une ligne ferroviaire près d'Idlib en Syrie (photo prise le 5 novembre dernier) © AFP

Direction la Syrie ce matin pour une histoire de train : la ligne Damas – Alep qui serait dans la dernière phase de travaux avant réouverture, selon les médias pro-gouvernementaux et, par ailleurs, un projet chinois pour construire quatre nouvelles lignes entre Damas et sa banlieue annoncé en grandes pompes…

La reconstruction officielle de la Syrie semble passer par le train et les annonces de réhabilitation de voies se multiplient. Ça parait étonnant pour ceux qui connaissent le Proche-Orient et son sous-investissement ferroviaire chronique, mais pas en Syrie !

Il faut dire qu’avec 2500 km de voies ferrées avant la guerre, les trains étaient la fierté du pays. C’est donc par le train que le régime a choisi de marquer ses victoires et sa reconquête du territoire. C’est comme ça qu’en 2015, en pleine guerre, la ligne côtière de 80km entre Tartous et Lattaquié était restaurée. 

Des trains et des villes reconquises

Les lignes Homs et Hama vers Damas ont vite suivi la reprise de ces deux villes qui étaient par ailleurs des hauts lieux de la résistance à Bashar el Assad. Comme un défi du régime à ses opposants.

Le régime syrien a souvent utilisé les trains pour sa propagande. Un mois après la chute d’Alep, début 2017, le régime montrait des images d’un train traversant la ville dévastée avec des passagers à bord brandissant des portraits de Bashar.

Quelques mois plus tard, et c’est le quotidien libanais L’Orient-Le-Jour qui le raconte, une vieille loco à vapeur de fabrication suisse, mais bardée de drapeaux syriens, effectuait un premier trajet depuis le début de la guerre entre Damas et la frontière libanaise.

Une reconstruction hors de portée du budget national

Le budget 2021 du pays, présenté il y a quelques jours, est d’à peine 3 milliards de dollars. C’est 83% de moins que ce que la Syrie avait budgété en 2010 !

Or la reconstruction du pays, selon l’ONU, coûtera environ 400 milliards de dollars ! Inutile de préciser que dans ces conditions, la remise en service du réseau ferré syrien dépend des parrains de la Syrie : Iran et Russie.

Les projets reflètent cette réalité. En 2020, les services de fret ont repris entre Tartous, le port où se trouve la base militaire russe, et Damas. Et Téhéran rêverait de relier le port iranien de Khomeiny, sur le Golfe persique, au port méditerranéen de Lattaquié.

Mais ces pays n’investissent pas sans espérer à terme un retour sur investissements. Or la Syrie est aujourd’hui totalement isolée financièrement par les sanctions internationales.

Jusqu’à présent, elle pouvait malgré tout compter sur les banques libanaises pour servir d’intermédiaires et de garants. Sauf que la crise financière au Liban a tout compliqué : selon Bashar el Assad lui-même, il y aurait de 20 à 40 milliards de dollars de dépôts syriens bloqués dans les banques libanaises. Donc à la débâcle de l’État syrien s’ajoute désormais celle de l’État libanais.