Malgré l'épidémie et l'annulation des grandes parades, la ville ne veut pas oublier sa tradition plusieurs fois centenaires. Des initiatives citoyennes tentent d'y remédier.

D’ordinaire un Mardi-Gras à la Nouvelle-Orléans, c’est une cinquantaine de défilés avec chars, musique et habitants entièrement déguisés. Des bars ouverts jours et nuits du vendredi au mardi soir et des millions de visiteurs.

En 2019, avant la pandémie donc, la Nouvelle-Orléans a ainsi accueilli 19 millions de touristes dont une bonne part pendant cette période. Ça avait encore été le cas en 2020, alors que l’épidémie de Covid19 commençait à inquiéter les autorités sanitaires :

Un million et demi de fêtards avinés ou non s’étaient retrouvés aux abords du Quartier français. Quinze jours plus tard, la ville se confinait sévèrement.

Des festivités annulées, des bars fermés...

L’affaire est entendue : plus de 400 000 cas de Covid pourtoute la Louisiane, plus de 9 200 morts dont 740 rien que pour la Nouvelle Orléans. De plus, les images de fêtards non masqués errant dans le Quartier français ont choqué, la semaine dernière encore.

Donc, alors que les parades du Mardi-Gras avaient déjà été annulées, la maire de la Nouvelle Orleans, LaToya Cantrell, a ajouté une fermeture totale des bars, des restaurants et l’interdiction de la vente d’alcool avec barricades et points de contrôle policiers.

En signe de protestation, les établissements concernés ont hissé le drapeau blanc pour dire qu’ils se « rendaient » malgré eux aux décisions municipales.

Des maisons dinosaures ou pirates des Caraïbes

Les habitants se sont donc organisés sur les réseaux sociaux, certains ont décidé de transformer leurs maisons en sorte de chars immobiles, histoire d'évoquer les chars traditionnels et très colorés des grandes parades.

En quelques jours, on a vu apparaitre des dinosaures de carton-pâte, des bateaux de pirates des Caraïbes, une maison pieuvre, une Reine des cœurs ou une dernière dédiée au papillon Monarque. En tout, 3 000 néo-orléanais ont entièrement habillé leur maison. 

C’est aussi le cas de parades centenaires, comme celle du « Mardi Gras Indians », qui honore les Amérindiens ayant aidé les esclaves noirs à fuir leurs maîtres. La Grande Reine des Gardiens de la Flamme du Mardi Gras Indians a voulu qu'elle ait malgré tout lieu.

C’était hier, Cherice Harrison-Nelson, 61 ans, entièrement habillée à l’Amérindienne – dans une version multicolore et emplumée digne de la Nouvelle-Orléans, a défilé en respectant les distances sociales et en saluant les anciens de loin… et masqué.

Évidemment ces initiatives citoyennes ne remplissent pas les hôtels qui tournent aujourd’hui autour de à 20% d’occupation. Mais elles redonnent du baume au cœur à tous les États-Unis alors qu’à la fin de la semaine le seuil symbolique du demi-million de morts de la Covid19 sera franchi.