Danilo Gentili est une star brésilienne de la télé et du "stand up" comique. Il vient d'être condamné à six mois de prison... qu'il ne fera certainement pas. Reste la question de la liberté d'expression.

Danilo Gentili
Danilo Gentili © AFP / VANESSA CARVALHO / BRAZIL PHOTO PRESS

Vous imaginez si Daniel Morin était condamné à de la prison pour une mauvaise blague ? On serait tous solidaires avec des pancartes devant le tribunal et des éditos à longueur d'antenne qui se demanderaient « dans quel pays vit-on ? » C'est ce qui vient de se passer au Brésil avec Danilo Gentilli, un comique très célèbre là-bas qui anime sa propre émission à la télé et dont les blagues sont partagées des millions de fois sur sa chaîne youtube.

Mais pour tout dire, Danilo Gentilli n'a rien à voir avec l'humour raffiné et si subtil de Daniel Morin. Non ! Danilo Gentili, c'est Cyril Hanouna au cube ! En clair, on n'a pas ça en France : aucune blague raciste ou sexiste ne lui est interdite et rien ne l'arrête.

Six mois de prison pour une très mauvaise "blague"

Vous allez tout de suite comprendre le fossé culturel : il a été condamné pour avoir traité de « pute » une députée de gauche appelée Maria de Rosario. Retenez bien ce nom, l'affaire ne s'arrête pas là.

Elle est « députée » cette dame, en portugais « deputada ». Vous retirez préfixe et suffixe et vous obtenez « puta »... La blague est faite. Un magistrat a donc jugé que l'on était loin de la simple blague pour entrer dans le domaine de l'insulte : six mois !

Pour le coup, tout l'arc politique brésilien s'est mobilisé pour le soutenir, de la Ligue des Droits de l'Homme, plutôt classée à gauche, au président d'extrême-droite Jair Bolsonaro qui a tweeté son soutien à Danilo Gentili. Mais dans son cas, c'est de la solidarité de mauvais blagueurs…

Solidarité de mauvais blagueurs

Parce que la députée offensée, Maria de Rosario, est celle qu'il avait lui-même insultée quelques années auparavant à la télé en expliquant « qu'elle était trop laide pour être violée ». Entre mauvais (très très très mauvais blagueurs), on se comprend si bien !

C'est d'autant plus paradoxal et surtout hypocrite, ce soutien twittesque, que Jair Bolsonaro vient d'être pris la main de le pot de confiture de la censure d'Etat en faisant retirer une publicité – il y a quelques semaines – d'une banque publique brésilienne.

Il s'agissait d'une pub du Banco do Brasil qui montrait des Noirs, des blancs et... une femme transgenre. La pub a été retirée et le directeur du marketing viré. Jair Bolsonaro s'est justifié en expliquant que « les Brésiliens veulent que la famille soit respectée ».

Des sondages catastrophiques pour Bolsonaro

Le 10 avril, Jair Bolsonaro fêtait ces 100 premiers jours de présidence avec des sondages catastrophiques : seuls 32% des Brésiliens approuvent sa gestion du pays. Jamais un président n'avait obtenu un chiffre aussi bas depuis Fernando Collor de Melo en 1989 !

Un président qui a démissionné en 1992, avant d'être destitué, pour des affaires gravissimes de corruption ! Les analystes résument la déception des Brésiliens... Comment traduire ? 

Bolsonaro grand parleux, petit faiseux ! 

Ça va comme traduction ?

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.