La municipalité de Kaboul voulait interdire aux jeunes filles de chanter en groupe. Une mobilisation des réseaux sociaux a eu raison de cette directive. Une victoire douce amère.

La municipalité de Kaboul voulait interdire aux jeunes filles de chanter en groupe
La municipalité de Kaboul voulait interdire aux jeunes filles de chanter en groupe © AFP / Wakil Kohsar

Tout commence par une interdiction : la semaine dernière, le département de l’Éducation de Kaboul décide de sévir contre ces jeunes filles qui chantent en public dans des mariages ou des réunions officielles : une circulaire interdit désormais ces chœurs aux filles de plus de 12 ans.

Immédiatement sur les réseaux sociaux, en utilisant le #IAmMySong, c’est-à-dire [MaChansonC’estMoi] ou [JeSuisMaChanson], des dizaines de jeunes Afghanes s’enregistrent pour protester contre cet oukase. Avec quelques magnifiques résultats.

Comme cette chanson qui parle d’Afghanistan et a été postée sur Twitter par le frère de cette jeune fille qui s’appelle Nila, qui a 13 ans et qui a la fin de la chanson s’en prend à cette directive, à sa stupidité et parle de liberté.

Elle ont obtenu gain de cause ?

Oui, et la victoire est même totale. Samedi, le ministère de l’Éducation a fait savoir par un communiqué que cette interdiction « ne reflétait ni la position, ni les politiques défendues par le ministère ». En clair, la circulaire kabouliote est nulle et non avenue.

Mais c’est aussi une victoire en demi-teinte. La question est pourquoi la ville de Kaboul s’est-elle aventurée sur ce terrain ? La réponse est tragique : parce qu’en ce moment se tiennent des négociations avec les Talibans sous l’égide des États-Unis.

L’idée est de créer un gouvernement d’union entre Talibans et autorités actuelles. Un gouvernement intérimaire certes, mais certains visiblement ont compris le message cinq sur cinq et envoient des signaux de radicalité aux futurs responsables du pays.

Les femmes premières victimes 

On sait que le régime des Talibans, entre 1996 et 2001, avait fermé les écoles aux petites filles, les avait bannies des lieux de travail et avait interdit leur présence non accompagnée dans l’espace public. Vingt ans plus tard, des progrès ont été fait :

Par exemple, aujourd’hui, un tiers des députés au Parlement afghan sont des femmes. Sur les 21 négociateurs qui parlent de paix, quatre femmes sont présentes. C’est bien sûr très peu, mais c’est une avancée exceptionnelle pour un pays si conservateur.

Reste que début mars, trois femmes travaillant pour un média privé ont été tuées par balles à Jalalabad dans l’Est du pays. Et à la mi-janvier, ce sont deux femmes juges à la Cour suprême qui ont été abattues en plein Kaboul. Le message est on ne peut plus clair.

Donc toutes les victoires - y compris en chanson - sont précieuses. Et comme le dit la militante des Droits des femmes Laila Frogh Mohammadi, qui elle aussi a posté une chanson sur les réseaux sociaux : « personne ne nous réduira plus au silence ». J’aimerais tellement la croire.