Cela fait plus d'un siècle qu'on en parle, mais Athènes a enfin une nouvelle mosquée. Et c'est un édifice religieux entièrement financé par l'Etat !

Athènes vient d'ouvrir sa première mosquée officielle
Athènes vient d'ouvrir sa première mosquée officielle © AFP / LOUISA GOULIAMAKI

Direction Athènes ce matin qui a inauguré sa 1ère mosquée en près de 200 ans ! Depuis 1833 et l’expulsion des dernières troupes ottomanes : depuis lors, pas de mosquée à Athènes, pour des raisons à la fois historiques – les Ottomans musulmans étaient les occupants – et religieuses : l’identité grecque est profondément liée à l’Orthodoxie.

Il y a bien une mosquée du XVIIe siècle en plein centre d’Athènes, la Fethiye, mais elle a été dé-consacrée dès l’indépendance et a été abandonnée à son triste sort jusqu’en 2017, date à laquelle elle a été restaurée et est devenue un centre culturel.

Construire une nouvelle mosquée à Athènes, on le voit, c’est une affaire compliquée qui mêle à la fois méfiance séculaire envers les musulmans qui ont occupé la Grèce pendant un demi-millénaire et nationalisme religieux pour qui qu’être grec, c’est être orthodoxe.

Une minorité musulmane longtemps maltraitée

Effectivement, il reste environ de 180 à 200 000 Grecs de religion musulmane, essentiellement dans cette région frontalière avec la Turquie qui s’appelle la Thrace orientale. Des musulmans qui ont longtemps été traités citoyens de seconde zone.

La mention « religion » figurait sur tous les papiers d’identité jusqu’en 2000 ! Elle a depuis été interdite par la loi. Avec des manifestations de rues de plusieurs centaines de milliers de Grecs dans tout le pays contre cette loi ! C’est dire si le sujet est sensible !

D’ailleurs le premier projet de construction d’une nouvelle mosquée à Athènes date de 1890 ! Autrement, il a fallu plus d’un siècle pour y parvenir. Et plus de 14 années e recours et de manifestations pour finalement l’inaugurer, c’était la semaine dernière.

Une mosquée sans minaret aux allures d'entrepôt

A rien de bien spectaculaire ! Elle est située dans sur une ancienne friche industrielle, non loin du centre d’Athènes mais loin aussi des circuits touristiques. Elle n’a aucun minaret et, architecturalement, ses critiques disent qu’elle a un petit air d’entrepôt.

En plus, sa capacité est volontairement très limitée : 350 personnes au maximum. Enfin, elle a une caractéristique qui la rend unique en Europe : elle a été entièrement financée sur fonds publics et son budget dépend du ministère des Affaires religieuses.

En clair, c’est une mosquée d’Etat et d’ailleurs le sermon du vendredi devra être dit en Grec ! En fait, la Grèce ne fait qu’imiter le voisin turc où tous les imams sont salariés par l’État et les sermons envoyés tous les vendredis pour être lu dans tous les pays.

20 000 migrants et 400 à 600 000 Albanais

C’est juste : il y a bien eu quelques réformes sous le gouvernement de gauche d’Alexis Tsipras mais pas au point de couper le cordon ombilical ! Le patriarche d’Athènes ouvre toujours les législatures d’une prière et les prêtres sont toujours des fonctionnaires.

L’Islam, d’une certaine façon, obtient ce que l’orthodoxie a toujours eu ! Et il était temps : la communauté musulmane en Grèce est en pleine expansion, avec les 20 000 migrants venus d’Irak, de Syrie et d’Afghanistan qui vivent à Athènes.

Mais surtout avec les 400 à 600 000 Albanais qui travaillent, légalement ou non, dans tout le pays. Seul problème : sitôt inaugurée, sitôt fermée : la Mosquée d’Athènes n’échappe pas aux mesures de confinement prises pour lutter contre la Covid-19.

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