Pourquoi le régime algérien juge-t-il urgent de réformer la loi sur les hydrocarbures en plein chaos institutionnel ? Réponse : le besoin d'argent frais ! On part en Algérie, où l'assemblée vient d'adopter une loi très controversée. Une loi sur les hydrocarbures ! Une loi adoptée dimanche dernier.

Torchères de puits de pétrole en Algérie
Torchères de puits de pétrole en Algérie © Getty / Nacerdine ZEBAR

Elle a immédiatement mis dans la rue des milliers de manifestants. Pour bien comprendre, il faut savoir que l'Algérie est totalement dépendante du pétrole et du gaz :

Ces deux matières premières représentent 95% de ses exportations et alimentent 60% de son budget national. Il faut savoir aussi que la compagnie pétrolière et gazière nationale, la Sonatrach, est une fierté historique pour tous les Algériens.

Son histoire est très liée à la fin de la colonisation française : les Français, après 1962 et l'indépendance, avaient conservé des installations pétrolières. La nationalisation de ces champs de pétrole et des infrastructures a permis de fonder la Sonatrach.

Une loi complexe à souhait, mais un ministre gaffeur

Bien malin qui serait capable de rentrer dans le détail de cette loi obscure qui modifie le cadre réglementaire et fiscal de l'exploitation et de la prospection gazière et pétrolière... Je vois déjà que vous vous ennuyez : eh vous avez raison, c'est fait pour.

L'idée de cette loi est d'abrutir d'ennuis, c'est à dire de détails techniques ceux qui voudraient la décrypter. Mais le ministre de l'Energie, Mohamed Arkab, a malgré lui, - j'allais dire cette andouille – commis une belle bévue qui a mis le feu aux poudres.

Il a benoîtement expliqué que cette loi était une Rolls, puisqu'elle avait, je cite, « été discuté avec les grandes compagnies pétrolières classées parmi les meilleures dans le monde pour l'améliorer ». A savoir Total, Exxon, ENI l'italienne et REPSOL l'espagnole.

Les compagnies étrangères se frottent les mains

Du point de vue de la rue, l'Algérie a, il est vrai, d'autres chats à fouetter ! Je rappelle que depuis plus de 35 semaines, depuis février dernier, les Algériens manifestent par centaines de milliers tous les mardi, pour les étudiants, et vendredi pour les autres.

Le pays a annulé puis repoussé deux fois l'élection présidentielle, au point que l'actuel président par intérim a largement dépassé son intérim constitutionnel, le gouvernement est fait de bric et de broc et l'Assemblée est donc très très moyennement légitime.

Donc adopter une loi de cette importance en plein chaos institutionnel alors que des dizaines de militants et journalistes sont arrêtés puis relâchés ou pas, histoire d'affaiblir la mobilisation citoyenne ; adopter une telle loi attise tous les soupçons.

Le besoin de cash du régime algérien

D'abord, le soupçon de panique du régime qui se trouve pris en cisaille : d'n côté le prix du pétrole et du gaz ne remonte pas ; de l'autre la production n'augmente plus. Donc le régime – les militaires en clair – a désespérément besoin d'argent frais !

Vite, tout de suite ! Or le moyen le plus simple d'en obtenir est de vendre à des compagnies étrangères des concessions d'exploitation et de prospection. On parle de centaines de millions d'euros en une fois ! C'est irrésistible !

D'autant que le régime algérien ne sait faire que cela pour apaiser les mouvements sociaux : acheter la paix sociale. C'est ce qu'il a fait en 2011, en plein printemps arabe : noyer les Algériens sous le cash. Mai à l'époque, le prix du baril flirtait avec les 120$, deux fois plus qu'aujourd'hui.

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