On le disait battu a Barcelone, Manuel Valls s'est en fait réinventé en "faiseur de reine". Comment si est-il pris et surtout quel sera son "coup d'après" ? Analyse.

Manuel Valls durant les investitures en Espagne à Barcelone
Manuel Valls durant les investitures en Espagne à Barcelone © Getty / SOPA Images

Direction l'Espagne pour un drôle de cocorico, celui de Manuel Valls à Barcelone. Ou plutôt « kiririki » ! Il suffit de traverser les Pyrénées pour les coqs cessent d'entonner un glorieux « cocorico » pour s'égosiller en un piteux « kikiriki » ! On imaginait, après une élection municipale perdue, Manuel Valls se perdant en « kikiriki » barcelonais.

Et on avait tort ! On a oublié qu'une municipale en Espagne est une élection proportionnelle. Les conseillers municipaux sont donc élus en proportion de leur résultat électoraux et pour être désigné maire par le conseil municipal, il faut pactiser.

Deuxième erreur : le score de Manuel Valls, 13,2%, n'est pas si mauvais : Barcelone est une ville bourgeoisement indépendantiste et socialement plutôt de gauche. Donc, quand on est espagnoliste et de centre-droit, comme Cuidadanos, on part avec un handicap.

Elections perdues, élections gagnées

D'abord, il faut suivre ! On a quitté un Manuel Valls socialiste et républicain au delà des Pyrénées pour retrouver un Manuel Valls monarchiste et de droite, en deçà des Pyrénées. Mais en fait, la logique politique est ailleurs : Manuel Valls est un jacobin.

Il croit dur comme fer, lui le Catalan, à la République « une et indivisible » en France et donc, en Espagne aussi, il avance sur ce terrain. Ce que beaucoup de commentateurs espagnols ont mal traduit par « una, grande, libre », la devise du Franquisme.

Erreur, mais cette fois-ci côté barcelonais. Le jacobinisme, version espagnole et démocratique, est, certes, un produit d'importation mais il a fait les belles heures des républicains catalans qui, par exemple, chantaient, dans les années 30, la Marseillaise. Pas la Marseillaise d'ailleurs, la Marsellesa et en Catalan, « si us plau » !

Voilà pour l'histoire et le contexte. Donc, avec ses 13,2% et ses 6 conseillers municipaux, Manuel Valls fait presque jeu égal avec les socialistes et leurs 8 élus. Surtout, il peut bâtir une majorité alternative, jacobine ou, si vous préférez, anti-indépendantiste.

Or, être en minorité et finir par ramasser la mise, c'est un jeu qu'il connait par cœur : en 2012, aux primaires socialistes françaises, il fait 6% pour aussitôt se ranger sans condition du côté du vainqueur, François Hollande. Il finira Premier ministre.

La François Hollande catalane s'appelle Ada Colau. Maire de Barcelone, elle a obtenu le même nombre de conseillers municipaux que les indépendantistes : 10 élus. Elle peut redevenir maire si elle accepte les voix de Valls qui les lui donne sans condition.

Tragédie ou farce ?

Elle est encore à écrire et, comment dit-on déjà ? « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà ». Ada Colau ne connaître peut-être pas le sort politique de François Hollande qui a tout gagné en 2012 et tout perdu en 2017, en partie à cause de Manuel Valls.

Mais comment dit-on déjà ? « l'Histoire se répète toujours, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce ». Attendons donc de voir comment Manuel Valls, faiseur de reine à Barcelone, « sans condition » bien sûr, joue cet « esperpento » là. Un "esperpento" étant une farce à l'espagnole, bien sûr.

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