Il y a ce pays ravagé par 40 longues années de guerre et il y a aussi cette nouvelle bataille contre le coronavirus. Celle-là semble perdue d'avance.

L'Afghanistan deux fois en guerre. Le personnel des services de santé afghans vérifie la température corporelle des invités avant le début de la cérémonie d’investiture du Président afghan Ashraf Ghani, au Palais présidentiel de Kaboul, 9 mars 2020
L'Afghanistan deux fois en guerre. Le personnel des services de santé afghans vérifie la température corporelle des invités avant le début de la cérémonie d’investiture du Président afghan Ashraf Ghani, au Palais présidentiel de Kaboul, 9 mars 2020 © AFP / WAKIL KOHSAR

Direction l'Afghanistan ce matin qui doit aussi faire face au coronavirus... A priori, les chiffres sont plutôt rassurant : l'Afghanistan n'a que 22 cas d'infection au covid19 sur son territoire. Le problème c'est que 250 tests seulement ont pu être réalisés. Donc 22 cas sur 250 tests réalisés, c'est en soi une donnée inquiétante. 

La deuxième raison de s'inquiéter, c'est que l'ensemble de ces cas répertoriés sont ce qu'on appelle là-bas des « revenants », c'est-à-dire des Afghans qui viennent tous d'Iran et qui ont récemment franchi la frontière afghano-iranienne.

Or on sait que l'Iran est un des pays les plus affectés par l'épidémie au monde, avec près de 15 000 infections confirmées et, au dernier bilan, 853 victimes. Or chaque jour, il y a 15 000 Afghans qui traversent cette frontière dans un sens comme dans l'autre.

Une frontière ouverte et un système de santé déficient

L'Afghanistan a bien évidemment supplié l'Iran de fermer sa frontière. Mais l'Iran fait la sourde oreille. La frontière est toujours ouverte. Or l'Afghanistan est incapable de gérer une crise sanitaire de cette ampleur. C'est un pays en guerre depuis 40 ans.

Donc son système de santé publique est totalement déficient et manque de tout, à commencer par le matériel médical et les fonds. Le gouvernement afghan a, par exemple, récemment promis une vingtaine de millions de dollars.

Seuls quelques centaines de milliers de dollars sont effectivement parvenus dans les centres de soins. De plus, il y a la méfiance de la population vis-à-vis des mesures nécessaires pour contrer le virus : à commencer par la quarantaine.

Une population qui se méfie d'un Etat failli

Dans un pays où la solidarité se résume au clan et à la famille, où l'Etat a toujours signifié l'oppression, difficile d'expliquer à des patients certes infectés mais asymptomatiques qu'il faut se protéger en se distanciant socialement pendant 14 jours.

Hier, dans un hôpital d'Herat, dans l'ouest du pays, 38 personnes placées à l'isolement ont attaqué le personnel soignant lorsqu'il ont compris qu'ils allaient être isolés et ont ensuite pris la fuite. Dimanche, c'est quelqu'un qui avait testé positif qui s'est enfui.

Ça s'est passé dans la province de Balkh, au nord du pays et ce sont les Talibans qui ont réglé le problème en rattrapant ce patient en en le remettant aux autorités sanitaires. Les Talibans qui, par ailleurs, s'inquiètent de la situation dans les prisons afghanes.

5 000 Talibans dans les prisons afghanes

En fait c'est assez logique. Sur les 40 000 prisonniers détenus dans les prisons afghanes, 5 000 sont des talibans. Des prisonniers dont l'élargissement fait justement l'objet de négociations difficiles en ce moment. Donc, un petit coup de pression ne fait pas de mal.

Ensuite, les Talibans pourraient être les grands bénéficiaires militaires de cette épidémie. Je m'explique : leur structure est extrêmement décentralisée, avec des petites unités d'une dizaine de combattants autonomes, à la façon des guérilleros.

Or, en face d'eux, ils ont des unités militaires « à l'occidentale » avec des garnisons de plusieurs centaines de soldats, ce qui signifie chambrées, cantines et casernes dans des conditions d'hygiène déplorables : de véritables incubateurs à coronavirus. Le piège est tendu : l ne reste plus aux Talibans qu'à attendre la catastrophe annoncée.

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