Un mariage à trois milliards de roupies !

De ces mariages comme on n'en voit plus qu'en Inde ! Un mariage à 3 milliards de roupies , c'est-à-dire tout de même plus de 41 milliards d'euros ! Et pour ce prix-là, on a droit à des invitations plaqués or, à des performances de stars de Bollywood et à 5 000 invités tous frais payés !

Le tout dans un tourbillon de saris et de bijoux, pas plaqués or cette fois, de milliers de bouquets de fleurs, d'éléphants parés : un vrai mariage façon maharadjah qui s'étale sur plusieurs jours.

Quant à la mariée, elle s'appelle Brahmani et elle est la fille de Gali Janardhana Reddy, un politicien du Karnataka - un Etat du sud de l'Inde qui est aussi peuplé que la France - un politicien qui a fait fortune dans les mines et qui donc aime follement sa fifille.

Les Indiens eux-mêmes n'ont pas du tout, mais alors pas du tout apprécié cette débauche de moyens et pour une raison qui n'est pas tout à fait celle qu'on imagine. Certes, on reproche à Gali de jeter l'argent par les fenêtres, alors que des millions d'Indiens n'en ont pas d'argent. Depuis le 8 novembre, le gouvernement de Narendra Modi a démonétisé les billets de 500 et 1 000 roupies.

Du jour au lendemain, les plus grosses coupures indiennes ne valaient plus rien : il faut soit les changer contre de la menue monnaie, mais avec une pièce d'identité, soit les déposer sur un compte bancaire. Le tout avant le 24 novembre. On comprend pourquoi : 90% des Indiens n'ont pas de contrats de travail et ils se paient en billets de 500 ou 1 000 roupies. En les démonétisant, Modi espèce obliger cet argent à retrouver la lumière de la loi et du fisc.

Le problème, c'est que ça a créé un chaos digne du Mahabharata ! Des heures de queues devant les agences bancaires, des émeutes devant les distributeurs, des paysans obligés de faire des kilomètres pour changer leurs maigres économies...

Donc, le mariage à 41 milliard d'euros de Gali Janardhana Reddy a semblé insupportable à ces millions d'Indiens obligés de faire la queue des heures, voire la nuit entière, pour ne même pas être certains de pouvoir retirer ou changer quelques milliers de roupies.

  • Une revue de presse Indienne

Inutile de préciser que cette démonétisation brutale occupe depuis une semaine la une de tous les quotidiens indiens. Pour vous donner une idée : il faut recalibrer 12 500 distributeurs par jour pour à terme être prêt à distribuer les nouvelles coupures.

Cette info, on la trouve dans The Hindu, alors que l'Indian Express explique que le travail au noir représente près de la moitié de la richesse produite en Inde. L'affaire est même remontée jusqu'à la cour suprême qui, selon le Times of India, approuve la mesure.La Cour suprême indienne qui a dû se prononcer en urgence.

Et qui a donc avalisé ce blitzkrieg bancaire. Je retiens l'argument de la défense, toujours dans le Times of India : « le vrai problème se pose pour une infime partie de la population qui doit soit déclarer son argent soit en faire du papier toilette ».

Mais c'est dans Tehelka, un magazine d'investigation très réputée, qu'on a le vrai bilan de cette mesure très violente, somme toute : depuis huit jours, on a pu démontré 33 assassinats, suicides ou crises cardiaques. 33 morts pour quelques milliers de roupies.

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