Il adore les Alabaï, ces chiens de berger d'Asie centrale. En hommage, le dictateur turkmène a décidé de leur ériger une statue de... 6m de haut. Une tradition cruelle que ce pays partage avec la Corée du Nord.

Le président du Turkménistan, M. Gourbangouly Berdymukhamedov
Le président du Turkménistan, M. Gourbangouly Berdymukhamedov © Getty / Alexei Druzhinin\TASS

Votre première histoire de statue de l’année ! Cette fois-ci au Turkménistan : au cœur de cette république d’Asie centrale riche de gaz naturel, se niche la flamboyante capitale turkmène : Ashgabat. Et depuis désormais mercredi, dans un quartier flambant neuf : une statue de chien !

Et une statue dorée à l’or fin, s’il vous plait ! Haute de 6m – en comptant le magistral piédestal – et dotée d’écran plasma tout autour pour voir batifoler le chien au naturel. Parce qu’il ne s’agit pas de n’importe quel chien non plus !

Il s’agit d’une race locale appelée berger d’Asie centrale, ou Alabai en turkmène. Une race de chien dont le président local, M. Gourbangouly Berdymukhamedov, est un fan absolu. Au point d’avoir écrit un livre et même un poème sur la bête.

Statues équestres... dorées bien sûr

Il l’a déjà sa statue équestre en plein cœur d’Ashgabat : 20 mètres de haut et toujours dorée à l’or fin. Inaugurée en 2015, elle a vaguement l’allure de la statue de Pierre le Grand érigée par Catherine la Grande à Saint Pétersbourg.

Le Turkménistan n’est pas une ancienne république soviétique pour rien ! Eh encore une fois, le leader turkmène, incontesté depuis 2007, n’a pas choisi de chevaucher n’importe quel canasson : un Akhal-Teke, petit cheval local musculeux et célèbre pour sa robe dorée.

Bref, le président turkmène aime les bêtes et les statues. Et ça vient de loin : cet homme a succédé en 2007 au précédent dictateur qui se faisait appeler le "Turkmenbashi", c’est-à-dire le "père de tous les Turkmènes"… Plus grandiloquent, tu meurs ! Et joignant le geste à la parole, ce dernier avait installé en plein centre-ville une autre énorme statue équestre dorée de lui qui, en plus, suivait la course du soleil.

Un goût pour le clinquant et le monumental en partage avec PyongYang

On peut le voir comme ça, effectivement. Ça n’a pas empêché le régime de mobiliser des dizaines de chanteurs et de danseurs pour l’occasion en un spectacle digne de la Corée du Nord et ce, bien sûr, devant un président Berdy-mukhamedov aux anges.

Ce n’est pas pour rien que je parle de la Corée du Nord : en termes de liberté de la presse, le Turkménistan est juste au-dessus de PyongYang, selon le classement de Reporter sans frontières.

Et comme le Turkménistan, la Corée du Nord a elle aussi une passion pour les statues monumentales dorées qu’elle exporte d’ailleurs dans le monde entier et qui échappent pour le moment aux embargos internationaux sur PyongYang.

En fait, c’est devenu un marqueur de régime dictatoriaux particulièrement cruels ces statues qu’on érige à grand frais. Le Turkménistan n’échappe pas à cette règle. L’actuel leader a succédé à un satrape oriental particulièrement délirant et paranoïaque.

Il n’a fallu que quelques années de pouvoir à cet ancien dentiste pour céder à "l’enthousiasme" de sa population – très pauvre par ailleurs – qui le "suppliait" d’accepter une, deux, trois statues, toujours dorées. La bonne vieille école soviétique perdure, le clinquant d’Asie centrale en plus !

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