Yang Kaili a 21 ans et est, en Chine, une des stars d'Internet avec des dizaines de millions de fans. Elle a cru qu'elle pouvait traiter l'hymne national chinois avec désinvolture dans une de ses vidéos. Mal lui en a pris...

Yang Kaili, youtubeuse chinoise
Yang Kaili, youtubeuse chinoise © capture d'écran

En Chine, où l'on ne rigole pas avec l'hymne national. Surtout depuis qu'une loi a été votée il y a un an et qui punit de jusqu'à 15 jours de détention ceux qui auraient eu la mauvaise idée de s'en moquer. Une loi jamais appliquée jusqu'à hier où l'on a appris la détention pour cinq jours de Yang Kaili.

Yang Kaili est une youtubeuse chinoise très célèbre qui compte plusieurs dizaines de millions d'abonnés. Elle a 21 ans et elle raconte sa vie et commente des concerts, des événements, bref son quotidien. Il y a quelques jours elle mettait en ligne cette vidéo.

Je vous rassure, pas besoin de traduire, il n'y a rien de particulier à comprendre : elle est devant la caméra, elle porte un bonnet avec des cornes de rennes en peluche et elle babille quelques secondes, visiblement agacée, l'hymne national chinois.

En Chine, le sens de la hiérarchie doit être une seconde nature

Parce que, comme aux Etats-Unis par exemple, l'hymne national précède tout programme de télé important. Autrement dit, elle mime le fait d'expédier l'hymne national avant la diffusion qui l'intéresse et qu'elle veut commenter en direct.

C'est exactement ce qu'on lui reproche : ne pas avoir le sens de la hiérarchie nationalo-communiste. Conclusion : cinq jours de prison et des excuses publiques : elle explique avoir fait « une erreur stupide » et ne jamais avoir voulu se moquer de « la mère patrie ».

Message reçu cinq sur cinq

Vu d'ici, oui. Mais les Chinois, eux, ont reçu le message 5 sur 5 : vous êtes peut-être jeune, insouciant et sur Internet, c'est-à-dire chez vous, le parti surveille encore. D'ailleurs, ce n'est pas la première fois que ce genre d'avertissement est envoyé.

L'actrice chinoise de 37 ans Fan BingBing, une star du cinéma tant en Chine qu'au Etats-Unis, où elle fait en partie carrière, a disparu 3 mois durant. Elle est réapparu au début du mois d'octobre accusée de fraude fiscale. Elle s'est confondue en excuses.

Le message, cette fois-ci, est un peu différent : votre célébrité, même à l'étranger ne vous protège pas. Vous êtes et vous restez chinois et nous avons les moyens coercitifs de vous le rappeler et de vous faire payer la moindre incartade.

Le directeur d'Interpol s'est volatilisé...

Pour réapparaitre 10 jours plus tard à Pékin. Meng Hongwei est accusé de corruption, il a dû démissionner de ce haut poste de fonctionnaire international. Là, c'est carrément un message aux « princes rouges » qui se pensent intouchables et qui sont donc avertis.

En fait, ça fait plusieurs années que les autorités chinoises pratiquent la purge à distance, sous prétexte de lutte contre la corruption : ils enlèvent et mettent au secret pendant quelques jours, quelques semaines, quelques mois absolument tout le monde :

Des libraires hongkongais trop indépendants, des intellectuels, des oligarques enrichis, voire des cadres du parti. Des centaines de milliers de Chinois à qui l'on rappelle que le maître peut frapper n'importe où, n'importe quand. C'est ça la réalité du régime chinois.

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