Ex-présidents en prison, Premier ministre inculpés, autocrates débarqués... Le dégagisme prend des proportions dantesques... Explications et catégorisations.

Le suicide de l'ancien président péruvien Alan García a choqué tout le pays... Mais étonné, non ! Après tout le Pérou est ce pays où les trois derniers présidents sont soit en prison, soit en fuite, soit donc décédé de mort violente. Alejandro Toledo est aux Etats-Unis où il se bat contre un ordre d'extradition.

Ollanta Humala, son successeur, a été certes libéré par la Cour suprême mais il doit toujours répondre d'accusations de corruption et Pedro Pablo Kuczynski a été arrêté la semaine dernière accusé des mêmes charges.

Alan García qui avait cherché à se réfugier à l'ambassade d'Uruguay était donc sur le point d'être lui-même arrêté pour être traduit davant la justice. Sans même parler de leur aïeul à tous, le président Fujimori, de retour en prison depuis janvier dernier.

Du Brésil au Guatemala en passant par la Corée du Sud

Et Michel Temer, président il y encore quelques mois, lui aussi accusé de corruption. On pourrait ajouter l'ancien président équatorien Rafael Correa, exilé en Belgique depuis la fin de son mandat en 2017 et qui n'a de cesse de pourrir la vie de son successeur.

Il y a aussi l'ex-président Panaméen Ricardo Martinelli, emprisonné aux Etats-Unis en attendant son extradition ; il y a l'ex-président guatémaltèque Otto Pérez Molina, derrière les barreaux depuis 2015 mais la liste ne s'arrête pas à l'Amérique latine :

En Corée du Sud, deux anciens présidents sont incarcérés : Lee Myung-bak, qui a pris 15 ans en 2018 et sa successeure, Mme Park a, elle, écopé de 25 ans d'emprisonnement toujours pour corruption. Tout comme l'ex Premier ministre malaysien, Najib Razak.

Les pays autoritaires n'échappent même plus à la règle

Vous avez raison de faire la distinction. Les pays cités ne sont certes pas de modèles démocratiques – loin s'en faut – mais tous on vu chuter leurs élites politiques soit à cause d'un changement de pouvoir et (ou) d'une révolte des juges et de la justice.

Mais c'est presque sain ! C'est le moment de l'Histoire de ces pays où les politiques élus doivent rendre sérieusement des comptes. On peut, en tous cas, le voir comme ça. Mais, vous avez raison, il y aussi une épidémie de chute de dictateur ou d'autocrates.

Et là, les règles sont différentes : le Washington Post vient justement d'y consacrer un longue analyse. Les autocrates ont trois manières de quitter le pouvoir : un coup d'Etat contre eux, des élections libres ou négocier un accord généralement avec les militaires.

Négocier ou mourir... mais rendre l'argent, jamais ! 

Exactement ! Mais c'est aussi le cas du zimbabwéen Mugabe qui aujourd'hui, en échange de son départ, plus ou moins volontaire, coule une retraite paisible avec villa, 23 serviteurs et des passeports diplomatiques pour toute sa famille... qui est nombreuse.

C'est aussi le cas du Kazakh Nazarbayev qui a pris quelques garanties de plus : sa fille est présidente du sénat, par exemple. Et puis, il y a ceux qui se sont cru plus malin, comme le Soudanais Omar al-Bashir, qui n'a rien voulu entendre et qui est aujourd'hui en prison.

Parce qu'il y tout de même dans ces petits calculs entre autocrates et militaires un élément très perturbateur : le peuple. En Egypte, c'est d'épuisement que le peuple a abandonné la partie et laissé s'installer un régime pire que celui du raïs déchu Moubarak.

Pour le moment, les militaires soudanais et algériens, l'ont joué à l'Egyptienne : on se range au côté du peuple pour ne pas perdre l'essentiel, à savoir les prébendes. Mais les peuples aussi apprennent. Et en Algérie comme au Soudan, rien n'est encore joué.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.