La statue de Gandhi trônait à l'entrée de l'université d'Accra depuis deux ans. Sauf que des chercheurs sud-africains ont retrouvé des propos racistes du jeune Gandhi contre les Africains. La statue a donc été déboulonnée.

Ici les finitions d'une statue de Gandhi dans un atelier indien
Ici les finitions d'une statue de Gandhi dans un atelier indien © AFP / Dibyangshu SARKAR

Direction le Ghana ce matin, où l'on a déboulonné une statue du Mahatma Gandhi. Une superbe statue offerte par l'Inde en 2016, inaugurée par le président indien de l'époque, histoire de sceller dans le bronze l'amitié indo-ghanéenne. Une statue qui trônait depuis à l'entrée du campus de l'Université d'Accra, la principale du pays. 

C'est vrai que c'était plutôt logique : Gandhi connaissait l'Afrique mieux que personne. Il a vécu 21 ans en Afrique du Sud où il était avocat. Arrivé à 23 ans, il en est reparti pour l'Inde en tant que Mahatma Gandhi, c'est-à-dire « le révéré », le « saint homme ».

De plus sa lutte contre le colonialisme britannique, dont le Ghana a eu aussi à souffrir, en fait, a priori, une figure consensuelle. Sans parler de sa pratique de la « non violence » qui a inspiré tant Martin Luther King que Nelson Mandela.

"Ne pas mêler Indiens et Africains"

Parce que rien n'est jamais simple avec les Grands hommes – où les Grandes femmes, on l'a vu hier avec la chronique de Dorothée sur la birmane Aung San Suu Kyi. Or un an avant l'érection de cette statue, deux chercheurs sud-africains publiaient un brûlot.

Un livre où sont reproduits des propos carrément racistes du jeune Gandhi. Il écrivait, par exemple être choqué que « les Indiens doivent utiliser les mêmes entrées que les Africains, que les mœurs civilisées des Indiens soient mêlées à celles des aborigènes ».

« Je suis très opposé, poursuit-il, à l'idée de mélanger les « nègres » - Gandhi utilise le terme kaffir qui dans le contexte sud-africain est particulièrement insultant – avec les Indiens ». On comprend mieux les Ghanéens ont obtenu qu'on déboulonne la statue.

Des déclarations sorties ou non de son contexte ?

Oui et non. Oui, parce que ce sont des propos tenus par un jeune homme, tout juste arrivé en Afrique du Sud et que sa vie entière, il va la passer à travailler sur lui-même et à contredire ces premiers écrits. Et non, parce que c'est un racisme bien de son temps.

Ceux qui le défendent, y compris en Afrique, expliquent qu'il s'est ensuite excusé. Mais il y a aussi ceux qui font remarquer qu'il a toujours pris soin de ne pas mêler les luttes, même lorsque le but était le même : à savoir l'indépendance et défaire le colonialisme.

Ce n'est pas la seule statue de Gandhi qui est contestée : au Malawi, on manifeste contre une autre et l'Afrique du Sud a fait retirer une statue de Cecil Rhodes, défenseur acharné du colonialisme, qui trônait il y a quelques mois devant l'université du Cap.

Le réveil culturel africain...

Les professeurs Ghanéens de l'Université d'Accra ont surtout voulu que leurs étudiants aient autre chose qu'un gourou indien comme référence : ils veulent honorer l'Afrique et ne veulent plus de modèles étrangers.

Même mouvement en Afrique du Sud et aussi en Afrique francophone avec le Bénin qui réclame la restitution de ses trésors pillés et conservés dans les musées occidentaux, dont français. Et c'est cela qui est passionnant : le réveil bruyant de l'Afrique.

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