En retrouvant un chewing-gum vieux de 5 600 ans, les archéologues ont mis au jour un trésor : de l'ADN y était caché... et il a parlé !

Des chercheurs de l'Université de Copenhague ont réussi à extraire un génome humain complet d'un «chewing-gum» vieux de plusieurs milliers d'années. Selon les chercheurs, il s'agit d'une nouvelle source inexploitée d'ADN ancien.
Des chercheurs de l'Université de Copenhague ont réussi à extraire un génome humain complet d'un «chewing-gum» vieux de plusieurs milliers d'années. Selon les chercheurs, il s'agit d'une nouvelle source inexploitée d'ADN ancien. © AFP / Theis JENSEN / Université de Copenhague

On part au Danemark, ce matin où un chewing-gum préhistorique a parlé. Il est même très bavard, ce chewing-gum vieux de 5 600 ans ! Il a été découvert dans le sud du pays, sur l'île de Lolland au lieu-dit Syltholm, pile sur le chantier d'un pont qui, bientôt, reliera le Danemark à l'Allemagne. Il mesure à peine deux centimètres, ce trésor.

Première question qui vous brûle les lèvres : que mâchait-on à cette époque très reculée ? Du goudron de bouleau ! En clair, une sorte de mastic à tout faire, obtenu en chauffant l'écorce et qui servait, par exemple, à coller les pointes de flèche.

Mais comme ce n'est pas la 1ère fois que l'on trouve ces morceaux de goudron mastiqués préhistoriques et que pas mal d'entre eux portaient encore la marque de dents de lait, on imagine qu'il y avait un usage récréatif, comme aujourd'hui le chewing-gum.

De l'ADN coincé dans les plis du chewing-gum

Figurez-vous qu'à force de l'avoir mâché et remâché ce chewing-gum, son propriétaire, d'il y a 5 600 ans, a fini par y laisser de l'ADN. C'est en tout cas ce la supposition qu'ont faite des scientifiques dépêchés sur place au moment de cette découverte.

Bingo : il n'y avait pas un peu d'ADN ancien, mais beaucoup ! Au point que ces archéo-généticiens ont pu reconstituer la séquence complète de cette femme, puisque 1ère information : c'était une femme. Ou plutôt, une fillette !

Ça, ce n'est pas l'ADN qui a permis de le supposer mais plutôt ce que vous racontait tout à l'heure : mâchouiller des chewing-gums de goudron de bouleau, c'était l'affaire des bambins. Mais ce n'est pas la seule information que ce séquençage a donnée.

Brune, peau mate et cheveux bruns

Vous voulez savoir à quoi ressemblait cette petite ? Elle avait les yeux bleus, comme toute Scandinave qui se respecte, me direz-vous, mais... elle avait les cheveux noirs et... la peau sombre. Et là, le mythe de la grande blonde du Nord s'effondre.

On sait aussi que c'était une chasseuse-cueilleuse. En plus du chewing-gum, on a trouvé des os d'animaux sauvages : en clair, un relief de repas. De plus l'utilisation de goudron de bouleau est clairement liée à ce mode de vie de chasseur-cueilleur.

On la sait génétiquement plus proche de populations de l'Est de l'Europe que de celles du centre de la Scandinavie. Ce qui signifie que les siens ont migré, comme partout en Europe. Si « Grand remplacement » il y a, il a commencé il y a au bas mot 40 000 ans.

Une révolution dans l'étude de l'ADN ancien

Justement, c'est ça qui est révolutionnaire ! Ces dernières années le séquençage de l'ADN pris sur des squelettes préhistoriques, des os ou des dents, a révolutionné la paléo-archéologie : on peut désormais tracer les migrations dans le temps.

C'est comme cela qu'on sait qu'homo-sapiens, nous, a fricoté avec Neandertal. Le problème c'est que les restes humains sont très rares et que les broyer pour en extraire l'ADN est, comment dire, un crève-coeur.

Par contre, des chewing-gums mâchés préhistoriques, on en retrouve régulièrement. Ça se conserve très bien le goudron de bouleau, ou le mastic, ou la résine. Or jusqu'à présent, ces restes étaient de peu d'intérêt : et c'est une sorte de 2e révolution !

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