Ce matin pour l'histoire du jour, je vous emmène très loin de Pékin aux confins de la Chine

Carrément en Asie Centrale, même, à la frontière de la Chine avec tous les pays en « stan », vous savez Kyrgyzstan, Kazakhstan, Pakistan et même et surtout Tadjikistan. Une région que les Chinois appellent le Xinjiang et qui est majoritairement musulmane.

Mais avant de faire le voyage pour les confins de la Chine, à 3 000 kilomètres de Pékin, on va revenir un peu en arrière. En 1912, avec la déposition du dernier empereur, Puyi, commençait à disparaître une langue : le mandchou.

Le mandchou, c'est à la fois une langue qui était parlée dans le nord-ouest du pays et une langue impériale, c'est-à-dire une langue de cour, et qui servait aussi à l'administration impériale de la dynastie Qing qui a régné sur la Chine pendant 300 ans. Cela veut dire que de 1644 à 1912, tous les actes administratifs, les lois, les décrets, tous les documents d'importance ont été écrits en mandchou. Un énorme volume de textes qui fait le bonheur des historiens.

Qin Shi Huang, premier empereur de Chine
Qin Shi Huang, premier empereur de Chine © domaine public

Cette langue « impériale » a aujourd'hui entièrement disparu. Les derniers locuteurs de mandchou se sont éteints il y a déjà plusieurs années, effacés par le mandarin. Or le mandchou, contrairement au mandarin, qui s'écrit avec des idéogrammes, est une langue alphabétique. Mais à la différence du français, par exemple, qui compte 26 lettres, le mandchou en comptait 121 ! Donc, en perdant les derniers locuteurs de mandchou, la Chine perdait beaucoup : l'ensemble des archives de la dynastie Qing devenait illisible. 300 ans d'histoire.

Alors bien sûr, il existe des universitaires qui, après des années d'études, réussissent à maîtriser le mandchou pour pouvoir déchiffrer ces fameuses archives. Un peu quand on apprend le grec ancien ou le latin pour lire Cicéron ou déchiffrer des stèles anciennes.

Devinez quoi: on a retrouvé des locuteurs de mandchou!

Parcourons les 3.000 kms vers l'ouest entre Pékin et le Xinjiang à la rencontre des Xibe. Une tribu de trentaine de milliers d'âmes qui sont effectivement, les derniers locuteurs de mandchou. La question est donc : que diable font des Mandchous – qui sont originaire du nord-est de la Chine – si loin de leur terre d'origine ? Facile ! Ils sont les descendants de soldats envoyés là il y a 250 ans, en 1764 exactement.

Comme ils n'étaient pas musulmans, ils ne se sont jamais mélangés à la population locale et comme ils étaient isolés, leur langue est restée relativement pure et donc très proche du mandchou impérial.

Voilà comment grâce aux Xibe, cette colonie militaire perdue aux confins de la Chine, on peut encore aujourd'hui lire et déchiffrer le mandchou de cour.

Une histoire du bout du monde repérée dans leNew York Times!

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