Aux Philippines, les vaccins contre la Covid n'ont pas encore été approuvés... sauf pour certains, proches de la présidence, qui sont parvenus à s'en procurer.

Une dose de vaccin contre la covid
Une dose de vaccin contre la covid © AFP / Ettore Chiereguini / AGIF

Direction les Philippines où il existe un "marché noir" du vaccin contre la Covid-19. Le pays qui n’a pour le moment approuvé aucun vaccin occidental, chinois ou russe, sauf celui de Pfizer et uniquement en urgence, c’est-à-dire en dérogeant aux procédures habituelles. Autrement dit, les 100 millions de Philippins en sont réduits à attendre.

Attendre début février que les premiers vaccins américains arrivent et attendre les 25 millions de doses du chinois Sinovac qui, s’il est approuvé, n’en livrera que 50 000 le mois prochain. C’est alors que les Philippins ont appris que certains officiels étaient déjà vaccinés. Concrètement, il s’agit de l’entourage sécuritaire du président Duterte et de hauts gradés de l’armée philippine.

La présidence s’est procuré des doses de vaccins

La réponse de la présidence est qu’il s’agirait d’un "don", sans autre précision. Mais les lois philippines sont très claires : l’introduction frauduleuse d’un produit non approuvé par l’Agence locale du médicament s’apparente à du trafic de drogues.

C’est d’autant plus paradoxal que le programme fétiche du président Duterte est ce qu’il appelle la "guerre contre la drogue". Une guerre qui aurait fait à 6000 à 12 000 morts.

Mais en menant l’enquête, la presse locale s’est aperçue que ces dignitaires n’étaient pas les seuls à s’être procuré le vaccin Sinovac. Il semble que la communauté chinoise philippine ait, elle aussi, trouvé le moyen de s’approvisionner illégalement.

Une communauté sino-philippine fragile

En tout, ils seraient environ un demi-million et, en recoupant les chiffres et les infos, la presse philippine pense qu’au moins 100 000 d’entre eux sont déjà vaccinés. 

Il faut payer son injection entre 200 et 300 dollars, environ 10 fois le prix payé en Chine. Il faut aussi avoir confiance : une seule étude sur les phases un et deux des essais ont été publiées dans The Lancet et en phase 3, au Brésil, il ne serait efficace qu’à 50%.

Mais surtout, cette vaccination a bas bruit des seuls Chinois philippins comporte des risques : les communautés chinoises minoritaires d’Asie du sud et sud-est ont toujours été regardées avec méfiance, voire haine. Cette histoire ne devrait rien arranger.

Un président populaire et misogyne

Le président Duterte reste populaire. Les présidents philippins ne font qu’un mandat de six ans. Il n’a donc pas à se préoccuper de sa réélection.

On dit même que Sara, la fille de ce président populiste, homophobe et misogyne, pourrait se présenter en 2022. Il lui faudra passer outre les préventions de papa qui, ce week-end encore, expliquait que "les femmes ne sont pas faites pour être président".

Ce qui est très savoureux – ou stupide, c’est selon – lorsque l’on sait que les Philippines ont été dirigés deux fois récemment par des femmes, Cori Aquino et Gloria Arroyo et que le vice-président de M. Duterte est… une vice-présidente : Mme Leni Robredo.