L'Italie a annoncé avoir décroché un énorme contrat d'armement avec l'Egypte. Inacceptable pour les défenseurs de Giulio Regeni, cet étudiant tué et torturé en 2016, au Caire.

Le gouvernement de Guiseppe Conte l'a donc confirmé : oui, l'Italie a accepté de vendre à l'Egypte deux frégates pour 1,2 milliards d'euros. Mais ce n'est pas tout :

A terme, l'Egypte pourrait ajouter à cette première commande 4 frégates de plus, 24 avions de combat Eurofighter, 24 jets d'entrainement et un satellite militaire pour un total de 9 à 10 milliards d'euros.

Ce serait la plus grosse commande d'armements pour l'Italie depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la plus importante jamais réalisée par l'Egypte.

Une commande d'armes très mal accueillie ...

Pour une seule et unique raison qui s'appelle Giulio Regeni. Giulio Regeni est cet étudiant italien de 28 ans retrouvé mort début 2016 dans un fossé le long de l'autoroute Le Caire - Alexandrie. Son corps portait d'horribles traces de tortures.

Ce meurtre a traumatisé l'Italie : partout dans le pays – et encore aujourd'hui – en façade des hôtels de ville, sur les places, aux balcons des immeubles ont fleuri des banderoles « justice pour Regeni ».

Or très vite les soupçons de tortures et de meurtre ont pesé sur les forces de sécurité égyptiennes. L'Egypte officielle a toujours nié, mais jamais la famille Regeni n'a lâché, ni les autorités judiciaires italiennes.

La famille Regeni a réagi à cette vente d'armes

Très mal ! Elle se sent « trahie par son gouvernement » et la famille ajoute « c'est ce tir 'ami', c'est-à-dire venu de notre propre camp, qui nous rend amers. Après 4 années et demi de mensonges et de tromperies » des Egyptiens.

Plus humiliant peut-être, la Commission du Parlement italien sur l'affaire Regeni a été mise devant le fait accompli et se retrouve à protester un peu vainement contre une vente d'armes avec un pays « qui n'a aucun respect pour la dignité humaine ».

Pour mieux encore résumer cette situation ubuesque, ce défenseur italien des Droits humains, Giorgio Beretta, écrivait hier : « quel pays vendrait des armes à un autocrate – le maréchal égyptien Al-Sissi – responsable de la mort d'un de ses citoyens ? »

L'Italie ruinée par le Covid-19 n'annulera pas

L'Italie a besoin aujourd'hui plus que jamais de faire tourner son industrie. Les syndicats italiens du fabricants de frégates, Fincantieri, appellent à faire la différence entre un accord commercial et le combat pour Giulio Regeni.

La prochaine étape dans l'affaire Regeni, c'est le 1er juillet prochain : les juges italiens ont rendez-vous avec leurs homologues égyptiens. On verra alors si l'Egypte persiste dans sa politique d'évitement et donc, si l'Italie a bel et bien vendu son âme au diable.

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