Factures impayées, retards administratifs, enquêtes pour corruption... le Liban semble se diriger vers un "blackout" total de son système électrique. Et les plus pauvres en souffrent déjà...

Les black-outs au Liban durent parfois jusqu'à 22 heures par jour. Sur cette photo, prise pendant l'été 2020 à Beyrouth, deux enfants jouent à la lumière d'une bougie.
Les black-outs au Liban durent parfois jusqu'à 22 heures par jour. Sur cette photo, prise pendant l'été 2020 à Beyrouth, deux enfants jouent à la lumière d'une bougie. © Getty / picture alliance

Direction le Liban qui pourrait se retrouver bientôt sans électricité. C’est Raymond Ghajar, ministre de l’Énergie qui le dit : le Liban « pourrait être plongé dans le noir fin mai si Électricité du Liban, l’équivalent local d’EDF, ne recevait pas de l’aide pour acheter le fioul ou le diesel » nécessaires à ses centrales.

Et il ajoute : _« la vie sans électricité, sans internet, sans téléphone, sans hôpitaux ou sans frigo pour conserver les vaccins est inimaginable au XXIe siècle ». L_e ministre exagère-t-il ? Un peu, mais pas tant que cela : le Liban compte pour un cinquième de son électricité sur deux bateaux turcs qui font aussi office de centrales électriques, et ce depuis 2013. Or l’opérateur privé de ces navires-centrales, qui n’a pas été payé, menace de couper le courant.

Des menaces mises à exécution

Dimanche, le turc Karpowership a commencé à mettre ses deux centrales à l’arrêt. Électricité du Liban a réussi à compenser en partie cette perte grâce à des groupes électrogènes de secours.

Mais si EDL n’a pas les moyens de payer son fournisseur turc, elle ne peut pas plus régler les factures de carburant pour alimenter ses groupes électrogènes et encore moins ses centrales à fioul ou diesel. Surtout avec une livre libanaise qui a perdu 90% de sa valeur.

La solution c’est un prêt de la banque du Liban de 200 millions de dollars. Sauf que le prêt est bloqué par une enquête parlementaire. 

Quant au fournisseur turc, il est d’autant moins enclin à faire des concessions qu’il est visé par la justice pour corruption.

Le cauchemar est servi

A long terme, la solution on la connait : moderniser les centrales en convertissant celles qui le peuvent au gaz naturel, augmenter la part d’énergie renouvelable – le Liban a du soleil et du vent à en revendre. Bref : investir et non plus bricoler un réseau obsolète.

Mais à court terme, ça signifie plus de coupures. Les Libanais sont habitués : depuis des années, Électricité du Liban ne fournit que 7 ou 8 heures de courant par jour. Le complément est assuré par des générateurs de quartier appartenant à des opérateurs privés.

Le problème, et j’en avais parlé ici, c’est qu’il y a pénurie de ce carburant qui alimente les générateurs. Donc, le carburant manque ainsi que les dollars pour le payer et les prix de l’électricité privée explosent.

Les plus pauvres qui souffrent le plus

Prenons un exemple : les enfants du Liban n’ont presque pas eu d’école depuis un an et demi à cause de la pandémie. Ils sont censés compenser par des cours par internet. Sauf que pour suivre ces cours, il faut un ordinateur portable : un achat impossible pour les plus pauvres.

Il ne reste que les écrans de téléphone pour apprendre. Mais là encore faut-il avoir Internet, donc de l’électricité. Le cercle vicieux est donc bouclé et c’est toute une génération d’enfants qui risque d’être déscolarisée.