Le gouvernement népalais a décidé de rendre obligatoire le yoga dans les écoles du pays. A priori une bonne idée. Sauf pour les musulmans népalais.

Une écolière pendant la journée internationale du yoga le 21 juin
Une écolière pendant la journée internationale du yoga le 21 juin © AFP / Narayan Maharjan / NurPhoto

Direction le Népal, ce matin, où le Yoga sera bientôt obligatoire dans les écoles. Dès la rentrée prochaine, qui aura lieu au Népal dans quelques semaines, le gouvernement népalais a donc décidé que tous les enfants et les ados du primaire et du secondaire feront désormais du yoga plutôt que de sport à l'occidentale.

C'est une façon de plus de s'éloigner de l'enseignement à la « britannique » - qui est l'ancienne puissance coloniale de la région. Mais aussi de se rapprocher des « racines culturelles ancestrales » du Népal, un pays très largement hindouiste.

Or le yoga est une pratique spirituelle et sportive vieille de 5 000 ans qui est née en Inde. C'est si vrai qu'il existe désormais un journée internationale du yoga, le 21 juin, 1er jour de l'été. Une journée proposée par l'Inde et adoptée par les Nations unies.

Les Népalais mieux que les Indiens !

C'est vrai qu'entre ces deux pays à majorité hindoue, il y a comme une sorte d'émulation. C'est le Premier ministre indien, Narendra Modi, qui a fait dès 2015 du yoga une sorte de « grande cause nationale ».

Il a d'ailleurs prêché par l'exemple, puisqu'on l'a régulièrement vu, lors de ces fameux « jour du yoga » pratiquant la pose du chien, du demi-cobra ou de l'aigle. Donc il n'est pas exclu que les Népalais aient voulu faire mieux que leur envahissant voisin indien.

Mieux, ça veut non seulement dire rendre obligatoire sur tout le cursus scolaire le yoga, mais aussi instaurer des cours de pensée yogie et des leçons d'Ayurveda, la médecine traditionnelle hindoue. Et c'est là que les problèmes commencent à se poser...

Le yoga, une tradition hindoue qui exclut les minorités religieuses

Si vous êtes de religion hindoue ! Ce qui est le cas de 90 à 95% de la population népalaise. Mais si vous appartenez à la minorité musulmane, environ 5% des Népalais, cette « innovation » pédagogique est loin d'être perçue comme innocente :

Une des suites de postures de yoga les plus couramment enseignées s'appelle le « salut au soleil ». Or il se trouve qu'il s'agit d'une suite de 12 postures exécutées en hommage à la déesse Surya. Impossible pour un musulman strictement monothéiste de la pratiquer.

De plus, les musulmans népalais font remarquer que la constitution népalaise est, à l'image de l'Inde d'ailleurs, un texte qui précise la nature laïque ou plutôt a-religieuse de l'Etat. Imposer le yoga est ses références hindoues pourrait être inconstitutionnel.

Trouver un compromis "à la népalaise"

Mais malgré tout, il y a des solutions. La première consiste à ne pas enseigner le « salut au soleil » mais d'autres postures plus... consensuelles. Ensuite, parce qui, si ces cours de yoga seront obligatoire pour les petits, les grands pourront s'en passer.

Enfin, contrairement à l'Inde, il n'existe pas au Népal de mouvements hindouistes puissants qui font de l'opposition aux musulmans leur fond de commerce. En Inde, le Premier ministre Modi reprend à son compte une partie de cette rhétorique haineuse.

Ça a abouti à des lois récentes sur l'acquisition de la nationalité indienne qui, en grande partie, excluent les musulmans. Il y a eu ces dernières semaines en Inde des émeutes de protestation contre ces lois et des dizaines de morts à la clé. Rien de tel au Népal :

A Katmandou, le gouvernement est dirigé par le Parti communiste népalais. Un parti avant tout séculier. Donc le yoga pour oublier l'influence britannique, oui, pour faire mieux que les Indiens, peut-être, mais pas pour attiser les susceptibilités religieuses.

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