Une conférence à Mombasa, un journaliste en embuscade et, finalement, un article dans le prestigieux Mail&Guardian sud-africain et un scoop aussi, dans le New York Times cette fois.

Huawei en Afrique
Huawei en Afrique © AFP / Pedro Fiuza / NurPhoto

Direction le Kenya ce matin, pour une conférence de maires de toute l'Afrique. Celle-là a eu il y a quelques jours à peine dans la ville côtière et balnéaire de Mombasa, au Kenya. L'invité d'honneur y était Huawei, l'entreprise chinoise de télécom, qui n'a pas lésiné sur la dépense pour vanter son avance technologique. 

Sauf que dans la salle de conférence, il y avait un journaliste du Mail & Guardian, le grand hebdo sud-africain. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il en est revenu terrifié par ce qu'il a entendu et à la perspective que cela finisse en Afrique.

Les terrifiants logiciels de reconnaissance faciale chinois

L'envoyé de Huawei expliquait comment sa ville d'origine, Shenzhen, une mégapole de 20 millions d'habitants collée à Hong Kong, était quadrillée par les caméras de surveillance et combien, grâce à la technologie, elle était devenue sûre.

Au point, ajoute-t-il, qu'en moins d'un quart-d'heure, un voleur à la tire pouvait être repéré, identifié et arrêté par la police. « Même s'il porte un masque ! » ajoute le représentant de Huawei : « ses vêtements, sa démarche aussi, tout est analysé ».

Evidemment, le journaliste relève dans son long papier toute l'ironie grimaçante de cette description enthousiaste d'un système policier alors même que dans la cité voisine de Hong Kong des manifestants masqués tentent justement ainsi d'échapper à la police.

Les régimes africains dictatoriaux très intéressés

Et ça à déjà commencé ! Les représentants de Huawei évoque une ville kenyane – sans la citer - dont le taux de criminalité aurait baissé de 46% suite à l'installation de caméras et de système de reconnaissance faciale. L'exemple est choisi avec soin, évidemment :

Le Kenya est une démocratie fondée sur le modèle britannique. Une de celle qui fonctionne le moins mal d'Afrique. Mais imaginez – c'est toujours le journaliste sud-africain qui écrit – cette technologie au Zimbabwe, en Ouganda ou même au Rwanda.

Enfin, conclut le journaliste sud-africain, ce n'est même pas la peine d'imaginer quoi que ce soit : en Chine, cette association de caméras de surveillance et de logiciels de reconnaissance faciale a permis de surveiller et réprimer une minorité entière...

Les Ouïgours ont servi de cobaye

Exactement. Et là c'est un autre article qui peut nous permettre de comprendre l'étendue de cette surveillance : le New York Times a obtenu des centaines de documents confidentiels : des dossiers entiers d'origine gouvernementale.

C'est un scoop ! Elles décrivent ces pages l'arrestation et la détention massive de Ouïgours dans le Xinjiang et comment le gouvernement écrit noir sur blanc qu'il faut, je cite, agir « sans montrer la moindre pitié » pour « lutter contre le séparatisme ».

Ces dossiers ont été confié au quotidien new-yorkais par « un membre de l'élite politique chinoise », sans plus de précision évidemment. La lecture de cet article fait froid dans le dos, croyez moi et on comprend mieux, du coup, l'effroi du journaliste sud-africain.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.