Depuis plusieurs semaines les stations service libanaises peinent à fournir de l'essence. La faute à la contrebande ? Non pas seulement.

Pénuries d'essence au Liban
Pénuries d'essence au Liban © AFP / ANWAR AMRO

Des stations-service qui ne sont ouvertes de quelques heures par jour à Tripoli dans le nord du pays, quand elles sont encore ouvertes. 

Certains parlent de 60 % des stations-service qui, dans le nord-Liban, seraient ainsi fermées depuis plus d’un mois

D’où des images de files interminables de voitures. Sauf que la pénurie commence à s’étendre : Ce qui avait commencé à Tripoli et dans la préfecture d’Akkar, une région frontalière avec la Syrie, a touché la semaine dernière la capitale Beyrouth.

Pourtant, de l’essence, on en trouve au bord des routes : des vendeurs à la sauvette proposent des bidons de 9 litres à prix d’or. Parce qu’il faut savoir que l’essence est considérée comme un produit de première nécessité au Liban : elle est donc subventionnée.

Un gouvernement qui expédie les affaires courantes

D’abord, ça fait huit mois que le Liban tente de constituer un gouvernement… sans succès. Le ministre en charge de l’Énergie, Raymond Ghajjar, expédie donc les affaires courantes et jusqu’à dernièrement, il disait simplement que l’essence « s’évaporait ».

Comme c’était un peu court comme explication, il a fait savoir, en fin de semaine dernière, que les coupables étaient les contrebandiers qui interceptent l’essence et le gasoil au Liban et le revendent en Syrie, profitant du différentiel de prix entre les deux pays.

C’est vrai que, malgré l’augmentation du prix de l’essence de moitié, un bidon de 20 litres peut être légalement acheté 3 dollars côté libanais et revendu entre 7 et 13 dollars côté syrien. À l’heure où le pays s’enfonce dans la crise, la tentation est grande.

Les devises manquent et les subventions s'épuisent

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ». En clair, il a le doigt large le contrebandier syro-libanais ! La contrebande existe. Elle est même permanente entre les deux pays et pas seulement sur l’essence : 

Le Liban subventionne environ 300 produits de première nécessité alors que, côté syrien, les mêmes produits sont, soit surtaxés par le régime, soit vendus au prix du marché. Donc logiquement ça traficote histoire de récupérer à son profit la différence de prix.

Sauf que le Liban est dans une situation financière gravissime, avec des réserves de devises qui s’épuisent. Dans le collimateur, il y a ces subventions dont la moitié sont dépensées uniquement pour l’essence. Or ce programme devait se terminer fin avril.

Tout le monde stocke avant la hausse des prix

Quand vous savez qu’un programme gouvernemental qui maintient artificiellement bas les prix de l’essence s’achèvent à la fin du mois, que faites-vous ? Eh bien vous remplissez des bidons. Le gouvernement libanais ne s’y est d’ailleurs pas trompé : 

Le ministre de l’énergie, le même qui accuse la contrebande, a fait aussi savoir que les subventions à l’essence seraient prolongées tant qu’un nouveau gouvernement ne serait pas nommé. Et au Liban, ça peut prendre des mois, voire des années…

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