Voilà 18 mois que le Qatar subit le blocus terrestre maritime et aérien de ses voisins... pour rien. Du coup, la fête nationale du 18 décembre était une occasion de fêter "la victoire" de la Péninsule sur un prince héritier saoudien que Doha dépeint sans difficulté en "satrape oriental".

Mardi 18 décembre, c'était jour de fête nationale au Qatar. Et il fallait que ça se sache ! Inauguration de stade de foot en vue de la future coupe du monde, inauguration d'une nouvelle ligne de métro, feux d'artifice grandioses dans la capitale Doha, partout des portraits de d'Emir Al-Thani et 18e forum de Doha !

Là aussi la petite péninsule arabique, à peine plus grande que la Corse, mais tellement riche qu'elle en est devenu le pays le plus riche au monde, là aussi donc il fallait voir grand : 1 800 universitaires, journalistes et responsables politiques étaient présents.

Tous invités au frais de la princesse, pardon de l'Emir : des Occidentaux, le ministre iranien et turc des Affaires étrangères, le secrétaire général de l'ONU et on a pu parler de tout, mais surtout de l'affaire Khashoggi et du blocus saoudo-égypto-bairaino-émirati.

Dix-huit mois que dure ce blocus

Un blocus terrestre – la frontière avec l'Arabie saoudite est fermée – maritime et aérien – ce qui pose de sacrés problèmes à la compagnie nationale, Qatar Airways. Mais surtout, un blocus qui a fait choux blanc ! Le Qatar n'a pas plié le genou et en est fier.

Cette fête nationale était donc aussi l'occasion de fêter ce que les Qataris appellent « 18 mois de victoire » contre ses irascibles voisins. Revenons sur cette affaire : en juin 2017, Ryad et Abou Dabi décident de frapper un grand coup :

Ils trouvent deux alliés et clients de circonstance, l'Egypte et le Bahrein, pour isoler le Qatar. L'idée c'est faire rentrer les Qataris dans le rang : finie la chaîne de télé Al Jazeera, fini le refuge pour Frères musulmans, finie l'alliance avec l'Iran et la Turquie.

Un blocus qui ne sert à rien

Rien : Al Jazeera continue d'émettre et d'horripiler Saoudiens, Emiratis et surtout Egyptiens. Les Frères musulmans y sont toujours réfugiés, même si on leur a demandé de baisser le ton. Quand à l'Iran et la Turquie, c'est table ouverte à Doha !

Mieux, c'est grâce aux importations turques et iraniennes que le Qatar a passé les premières semaines du blocus. L'énorme fortune gazière qatarie a ensuite pris le relai : à peine quelques semaines de retard dans la construction des stades du Mondial 2022.

Et ensuite, il a suffi d'attendre que l'Arabie saoudite et son jeune prince fasse une erreur fatale, une énorme bourbe qui ne pouvait pas manquer d'arriver tant Mohamed Ben Salman est, à la fois, inexpérimenté et surtout particulièrement autoritaire.

L'affaire Khashoggi, un "cadeau" pour Doha

Comment accuser un Etat d'être un suppôt du terrorisme alors que vous vous permettez de découper à la scie sauteuse un opposant journaliste dans les bureaux d'un consulat en terre étrangère, en l'occurence la Turquie ? Le Qatar n'a même pas besoin d'en rajouter.

Il ne reste plus à Doha qu'à signer un chèque de 500 millions de dollars à l'ONU pour marquer la différence. Et personne ne vous parle plus du travail forcé dans les stades de foot du Mondial 2022 ou des Droits de l'Homme. L'Arabie saoudite a plié le match !

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