La 5e candidature du président Bouteflika, malade, ne passe pas. Et les premiers à l'exprimer sont les supporters de foot, dans tout le pays.

Nous n'allons pas parler de foot ce matin, mais de supporters de foot. Il se trouve que depuis plusieurs semaines et surtout depuis le 10 février dernier, les supporters de foot ont changé leurs chansons et slogans.

Que s'est-il passé le 10 février : ce jour-là, le président Bouteflika a annoncé sa candidature pour un 5e mandat. Or, tout le monde le sait : à 81 ans et après 20 ans de pouvoir et plusieurs AVC gravissimes, il est incapable de gouverner.

Momifié dans la maladie, il est parfois baladé en fauteuil roulant devant des caméras choisies, il peut à peine bouger un bras, la dernière fois qu'on l'a entendu en public c'était en 2013. Donc, depuis quelques jours, voilà ce qu'on entend dans les stades :

Ça se passe dans un stade d'Alger, le stade Hamadi et les supporters chantent : « Bouteflika rabii ya rahmou », ce qui veut dire « Bouteflika est mort et il est auprès de son Dieu ». C'est la formule consacrée pour dire : « qu'il repose en paix ».

Des slogans potaches mais partout répétés

A priori, non, effectivement. Mais d'abord il faut savoir que l'Algérie est un régime militaire où les manifestations et rassemblements sont interdits voire réprimés et donc, les rencontres de foot sont le seul endroit où des foules jeunes peuvent se rassembler.

Ensuite, je ne vous ai donné qu'un seul exemple. D'habitude, ces slogans et chansons politiques sont cantonnés aux clubs de Kabylie, de l'Algérois ou des grandes villes comme Constantine et Oran. Or depuis quelques jours, c'est tout le pays qui est touché : Tiaret, Biskra, Aïn M'lila ou encore Jijel où à la fin d'un match du JSD Jijel, les supporters ont arpenté les rues en scandant des slogans hostiles à la prolongation du mandat présidentiel. Toutes ces infos, je les ai recueilli dans le quotidien El Watan.

Le pays où les imprimeries de presse brûlent 

C'est même le principal journal francophone du pays. C'est plutôt un journal critique, voire sévère avec le pouvoir. Or, comme par hasard, début février, l'imprimerie constantinoise d'El Watan, qui est aussi celle d'Al Khabar, a mystérieusement brûlé.

Mais revenons à nos supporters de foot. Tous ceux qui connaissent le monde arabe savent que les supporters de foot sont à surveiller de très près. En Egypte mais aussi en Tunisie, ils ont été à l'avant garde des révolutions arabes.

Tout simplement parce que ce sont des structures de jeunesse que les pouvoirs en place ne contrôlent pas. Hiérarchises, politisés, structurés, capables de mobiliser des milliers de jeunes et de les faire descendre dans la rue : militaires ou policiers les craignent.

Au point que le Ligue de football professionnel d'Algérie a reporté au dernier moment, c'était en octobre dernier, la 1ère journée de championnat parce qu'elle avait lieu au lendemain d'arrestations sensibles et que le pouvoir craignait des manifs et des heurts.

Et comme dit El Watan : « la fronde des supporters sera-t-elle contenue à l'intérieur des stades ? Les jours à venir nous le diront ». Inch Allah ! En aillant en tête que les grands soulèvements arabes ont souvent commencé dans des stades de foot...

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