Le Venezuela ne peut plus vendre son pétrole officiellement, à cause des sanctions américaines. Du coup, elle passe par des aigrefins. "El País" et "ArmandoInfo" on mené l'enquête.

Puits de pétrole sur le lac Maracaibo au Venezuela
Puits de pétrole sur le lac Maracaibo au Venezuela © Getty / John van Hasselt / Corbis

On vous emmène au Venezuela pour un scoop du quotidien espagnol El País associé à un groupe de journalistes indépendants et essentiellement vénézuéliens rassemblés au sein d’un site d’infos appelé ArmandoInfo (un peu à la façon des enquêtes récentes sur les Panama Papers ou les WikiLeaks).

Au cœur de cette enquête ? Le pétrole vénézuélien qui est sous embargo des États-Unis, au travers de sanctions très sévères et ce depuis fin avril 2018. La question étudiée est donc : comment s’y prend le régime de Maduro pour tout de même vendre son pétrole ? Par tous les moyens possibles et imaginables, surtout les plus tordus ! Mais avant toute chose, à la tête de ce montage ahurissant se trouvent trois hommes : deux Sud-Américains et un Italien.

Trois aigrefins en embuscade

  • Le premier est un Colombien habitué des coups fourrés et d’ailleurs emprisonné depuis six mois au Cap Vert en attente d’une extradition vers les États-Unis. Il s’appelle Alex Saab
  • Le deuxième est italien et s’appelle Alessandro Bazzoni. C’est un courtier en produits pétroliers proche du régime de Maduro et qui, grosso modo, assurait la liaison entre Caracas et les acheteurs potentiels. 
  • Le troisième est un Mexicain de 28 ans. Son nom ? Joaquin Leal et c’est lui le plus intéressant : il a d’abord monté une entreprise de sécurité en 2010, donc à 18 ans, dans sa ville natale de Irapuato. Puis en novembre 2019 son entreprise change d’actionnaires, de dénomination et d’objet légal pour devenir du jour au lendemain un grossiste en énergie.

Quel est le rôle de Joaquin Leal ?

Aventurier, Jean-sans-peur, risque-tout ! Il est l’intermédiaire - ou l’idiot utile, c’est selon - d’un régime aux abois, celui de Caracas, qui tente tout pour vendre un peu de son pétrole en contournant les sanctions américaines et récupérant des dollars ou des euros.

Tout, ça signifie vendre son pétrole à des intermédiaires douteux mais surtout à un prix défiant toute concurrence pour ensuite, par le biais de dizaines de sociétés. Le vendre ou l’échanger contre le bien le plus précieux au Venezuela en ce moment : l’essence !

Les intermédiaires douteux sont les "usual suspects", alliés de Caracas ou sentant la bonne affaire, à savoir la Russie, l’Iran, mais aussi la Turquie, le Bangladesh – par le biais de la seule raffinerie du pays. Bref, une constellation d’intérêts politiques et financiers.

Et malgré ces obstacles, ils ont réussi à vendre du pétrole ?

Et ce alors même que le Venezuela n’a jamais produit aussi peu de pétrole en 80 ans ! Rien qu’en novembre dernier, près 24 tankers contenant au total 639 000 barils ont quitté le Venezuela : le double du mois précédent.

Quant à nos trois compères, après quelques réussites qui se sont comptées en de dizaines de millions de dollars, ils ont eu les yeux plus gros que le ventre et ont contacté l’entreprise nationale mexicaine de pétrole, la Pemex… à qui visiblement on ne la fait pas.

Aujourd’hui, le Colombien est donc en prison, le Mexicain en faillite et l’Italien jure ses grands dieux qu’il ne connait ni les deux premiers, ni personne à Caracas. Bref, les ennuis ne font que commencer pour ces trois-là qui ont l’énorme défaut de s’être fait prendre !

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