On ne connait pas son vrai nom mais il accepte qu'on l'appelle Robin des Bois. Il distribue des billets de banque par brassée et c'est Erdogan que cela agace.

Un mystérieux "Robin des Bois" qui énerve Erdogan
Un mystérieux "Robin des Bois" qui énerve Erdogan © Getty / sturti

Direction Istanbul, où un mystérieux millionnaire joue les « Robin des Bois ». Personne ne connaît son nom et il refuse de le donner. Quand on le lui demande, il répond simplement « appelez-moi Robin des Bois ». En mars, il avait déjà fait parler de lui en glissant des enveloppes remplies de billets sous les portes des plus pauvres.

Puis il a recommencé en juin, pour la fin du ramadan, aïd el fitr, en effaçant chez les commerçants les plus grosses dettes des familles pauvres. Et il a remis ça le 12 novembre, à Tuzla, un ville populaire et pauvre de la banlieue d'Istanbul.

Cette fois-ci, il s'est surpassé, visitant plusieurs épiceries de quartier, demandant à voir la liste des dettes et effaçant les plus grosses ardoises. Puis il s'est rendu à leur domicile, pour y laisser en plus des enveloppes d'argent. Et il a disparu.

Un millionnaire fait pleuvoir de l'argent...

C'est vrai que, de temps en temps, on entend parler de ces bienfaiteurs qui laissent leur fortune à leur village natal, ou arrose généreusement des quartiers entiers. Mais cette histoire se passe en Turquie et pas à n'importe quel moment.

La Turquie de 2019 est en proie à une crise économique douloureuse : la livre turque a plongé d'un quart depuis 2018. Ce qui a entraîné une augmentation spectaculaire des prix : 25% d'inflation dans un premier temps et encore aujourd'hui près de 10%.

Si vous ajoutez l'électricité qui est 10 fois plus élevée qu'il y a un an et le chômage qui ne cesse d'augmenter, vous obtenez un contexte qui fait de la générosité de ce « Robin des Bois » turc, un geste presque politique : une critique voilée de l'Etat Erdogan.

La religion en partage

C'est exactement cela qui est politique. Le parti d'Erdogan, AKP, est un parti à fondement religieux. La morale, c'est son fond de commerce. La prospérité aussi, promise depuis le début des années Erdogan aux Turcs.

Ça a plutôt bien fonctionné au début : la Turquie a connu 10 années de croissance soutenue. Mais depuis quelques années, la machine s'est enrayée et les plus affectés sont les ouvriers ou les simples salariés : justement la base électorale de l'AKP.

En plus, les Turcs ont été bouleversés par une vague récente de suicides apparemment liés à la crise économique : une famille entière empoisonnée au cyanure à Istanbul, qui ne vivait plus que sur un seul salaire. Une autre à Antalya dont le père était chômeur.

La crise accable les Turcs

C'est vrai, c'était en mars dernier lors des municipales. L'AKP et son leader, qui sont au pouvoir depuis plus de 16 années, ont perdu la capitale Ankara, Antalya, mais aussi et surtout Istanbul, la ville monde, la ville qui avait élu Erdogan pour maire dès 1994.

Enfin, dans « Robin des Bois », le méchant c'est le prince âpre aux gains, Jean Sans Terre, qui accable les pauvres d'impôts. De là à penser que le Jean sans terre moderne serait turc et caché dans son palais tout neuf d'Ankara... il y a un monde, non ?

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