Faut-il euthanasier les 17 millions de visons d'élevage danois ? Oui, pour les scientifiques qui pointent le danger d'une mutation de la Covid19 qui infuserait dans ces élevages intensifs ! Non, pour les éleveurs. Et le ministre de l'Agriculture en perd son poste !

Faut-il euthanasier les 17 millions de visons d'élevage danois ? Tout le Danemark n'est pas d'accord sur la question
Faut-il euthanasier les 17 millions de visons d'élevage danois ? Tout le Danemark n'est pas d'accord sur la question © Getty / BirdImages

Direction le Danemark, où un ministre démissionne pour une affaire de visons. Je vous rassure, il n’a pas été surpris sans masque batifolant dans Copenhague en manteau de vison ! L’affaire est très sérieuse et commence le 4 novembre.

Ce jour-là Mogens Jensen, le ministre de l’Agriculture danois, ordonne dans l’urgence d’euthanasier l’ensemble du cheptel de visons d’élevage du pays, appelant même l’armée en renfort.

On parle d’un total de 15 à 17 millions de bêtes et d’une filière dévastée, interdite de reconstituer ses cheptels pendant tout 2021. La raison est très simple : la Covid-19 commençait à infecter massivement ces élevages intensifs.

Les visons auraient pu contaminer des humains

Ils l’ont déjà fait ! La région où se situent ces élevages, le sud-est de la péninsule du Jutland est une des plus affectée par la Covid-19 du Danemark. Or les visons n’y sont pas pour rien : on parle de 15 à 17 millions de visons élevés dans des cages les uns à côté des autres. Autrement dit, la propagation du virus y est exponentielle. Plus de 200 élevages auraient déjà été infectées.

Enfin, les scientifiques ont remarqué que dans un environnement si favorable, la Covid-19 s’était mise à muter. Certes, le virus mute en permanence. Mais dans ce cas, c’est le péplomère qui a muté au contact des visons et déjà infecté une douzaine de personnes.

Une histoire de péplomère ?

Je me suis plongé dans un article de la revue scientifique Nature qui explique que le péplomère est une protéine et que c’est une partie plutôt stable du virus. C’est d’ailleurs en visant cette protéine que plusieurs vaccins sont en ce moment élaborés.

Donc imaginez le danger si une variante de la Covid-19 surgissait de ces élevages intensifs de visons rendant les vaccins inopérants.

L’article de Nature est, certes, prudent sur la dangerosité de cette variante de la Covid-19 repérée chez les visons danois, mais conseille tout de même l’abattage de masse. Principe de précaution oblige.

Le ministre danois a tout bon ! Pourquoi démissionner ?

Il a tout bon scientifiquement… pas politiquement ! En fait, il s’est trop avancé : pour euthanasier autant d’animaux, il fallait une loi. Donc une majorité au Parlement. Or cette majorité, il ne l’avait pas !

Donc, après avoir fait abattre près de 3 millions de visons, il a dû interrompre piteusement l’affaire pour négocier au Folketing, le parlement danois. Un temps que les éleveurs de visons ont mis à profit pour se défendre.

Ils se sont répandus sur les plateaux télés en montrant non pas les cages de quelques dizaines de cm2 dans lesquelles les visions sont entassés mais des images de mamans-vison et de bébés-vison tout blancs, trop mignons poussant des petits cris de visons.

Donc, certes, le gouvernement danois a obtenu mardi une majorité pour l’euthanasie. Mais ce cafouillage – et surtout les images de visons qu’on allait tuer – a eu raison de la carrière du ministre.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.