Grand comme deux fois la Corse, à peine peuplée d'un million cinq-cents mille habitants, la Tchétchénie est une terre martyre depuis deux siècles. D'où une diaspora nombreuse dans toute l'Europe

Ce matin, c’est la Tchétchénie qui est le sujet de votre chronique. Avec cette simple question : quel est ce coin de Russie caucasienne musulmane dont on découvre aujourd’hui brutalement ? C’est minuscule : coincé entre la Géorgie et la Caspienne, la Tchétchénie c’est deux fois grand comme la Corse pour un peu moins d’1,5 million habitants. 

Mais c’est surtout plus de deux siècles de résistance à la Russie

Commençons par l’imam Chamil, héros de la résistance locale au début du 19e : il a fallu un demi-siècle pour que la Russie en vienne à bout. Une guerre sanglante, d’une violence inouïe, qui a à jamais figé dans les légendes russes la peur du Tchétchène.

La suite n’est qu’une longue suite de soulèvements et d’appels au Djihad contre les Russes. Jusqu’à ce que Staline décide après la 2nde guerre mondiale d’exiler toute la population tchétchène, tuant un tiers d’entre elle au passage.

Ajoutez 2 guerres entre 1994 et 2004, le pays détruit et quelques 300 000 morts, soit un quart de la population : un des conflits les plus meurtriers du 21e siècle.

Importance de la diaspora tchétchène en Europe…

On a découvert en juin, lors d’ahurissantes scènes de violence à Dijon conduites par de jeunes tchétchènes en mission de représailles, que la communauté tchétchène en France comptait de 20 à 30 000 membres.

On pourrait aussi se souvenir qu’en mai 2018, un jeune Tchétchène poignardait à Paris 5 personnes, dont une décédera. Ou que l’attentat de Boston, en avril 2013, avait été l’œuvre de jeunes Tchétchènes, les frères Tsarnaïev.

On encore qu’en 201 déjà, l’Allemagne et l’Autriche, qui elles aussi accueillent une importante communauté tchétchène, s’inquiétaient de la radicalisation de jeunes qu’on retrouvait ensuite parmi les djihadistes de l’État islamique en Syrie.

Quelques cas de radicalisation et un contexte de violences

C’est exactement cela qu’il faut retenir. La Tchétchénie est dirigée par un boucher qui enferme, torture et assassine, Ramzan Kadirov. Les Tchétchènes qui parviennent à lui échapper remplissent sans conteste tous les critères de l’asile.

Mais ça n’empêche pas le déphasage total entre nos valeurs de liberté d’expression et de cohabitation citoyenne des cultures et des religions et la réalité tchétchène, qui est celle d’une « guerre sainte » éternelle contre la Russie, ponctuée de massacres.

Pas tellement pour les parents qui savent pourquoi ils ont fui la Tchétchénie que pour leurs enfants qui, comme l’assassin du professeur Samuel Paty, se bercent d’une Tchétchénie fantasmée où être un homme est être un résistant, 

Un combattant de l’islam, comme l’imam Chamil, ou un djihadiste comme les centaines de Tchétchènes qui ont rejoint l’État islamique. Voilà pour une infime minorité d’entre cette 2e génération troublée dont parle abondamment l’islamologue Gilles Kepel.

Pour les autres, à savoir l’immense majorité des 20 à 30 000 Tchétchènes de France, notre pays est cette terre d’accueil dont ils comprennent, notamment grâce à l’école publique laïque, et les règles et la culture et l’aspiration à la Fraternité.

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