Les titres vengeurs de la presse tabloïd japonaise se multiplient contre Séoul. Miroir d'une relation compliquée entre les deux voisins.

15 août 2019 : à Séoul en Coré du Sud devant l'ambassade du Japon, un rassemblement  pour la 74e journée nationale  qui célèbre la libération du joug colonial japonais du 14 août 1945
15 août 2019 : à Séoul en Coré du Sud devant l'ambassade du Japon, un rassemblement pour la 74e journée nationale qui célèbre la libération du joug colonial japonais du 14 août 1945 © Getty / Chung Sung-Jun

On part au Japon ce matin, où certains journaux s'en prennent à la Corée du Sud... Et ça dure depuis des semaines : les tabloïds japonais rivalisent de créativité pour dire du mal en une de Séoul. Pas plus tard qu'il y a quelques jours, le Shukan Post titrait, par exemple : « adieu piteux voisin : pourquoi nous n'avons pas besoin de la Corée du Sud ».

En expliquant, par ailleurs, que les Coréens étaient incapable de contrôler leur colère, comme les animaux, en somme. Ou encore ce magazine, WiLL, qui titrait : « disparition de la Corée du Sud » dans la décennie à venir. Sympa, non ?

Ces articles se multipliant, l'Asahi Shimbun, l'équivalent du Monde, mais un Monde qui serait diffusé à 8 millions d'exemplaires quotidiens, s'est hier fendu d'un édito, pour dénoncer ce qu'il appelle des « pousse-au-crime » et du « racisme caractérisé ».

Mesures vexatoires japonaises

Ca ne va pas fort, ma bonne dame ! Pas plus tard qu'hier, la Corée du Sud a retiré le Japon de sa liste des pays fiables, ce qui signifie que les importations venues de Tokyo seront soumises à des procédures de douanes renforcées.

Cela dit, c'est le Japon qui a commencé en compliquant l'exportation vers Séoul de deux produits chimiques : les polymères fluorés et le fluorure d'hydrogène. Ça semble bénin, dit comme ça, mais en fait pas du tout :

Ces deux composés chimiques sont indispensables à la production de téléphones portables et d'écrans modernes. Deux produits phares de l'industrie coréenne. Or le Japon fournit respectivement 90% et 70% de la production mondiale de ces composés. Les Coréens ne peuvent donc pas se fournir ailleurs...

D'où les mesures de rétorsion coréennes. Mais ce n'est pas tout : les importations coréennes de bières japonaises ont baissé de 97% ! Les Coréens évitent aussi les magasins Uniqlo, d'origine japonaise, où même s'abstiennent de visiter le Japon : au mois d'août, le nombre de touristes coréens au Japon a ainsi baissé de moitié.

Un siècle de mésentente et de rendez-vous manqués

Il y a d'abord un siècle de mésentente entre les deux pays et qui commence par l'occupation, puis la colonisation brutale de la péninsule coréenne entre 1910 et 1945 par le Japon impérial. Avec travail forcé et surtout les fameuses « femmes de confort ».

Ces Coréennes que l'occupant japonais mettait de force à la disposition de ses bordels à soldats. Le Japon a certes dédommagé ces femmes, en 1965 puis en 2015, par le biais de fonds, mais ne s'est jamais excusé formellement. Ce que les Coréens réclament.

Or au début de l'été, un tribunal coréen a condamné les entreprises japonaises qui, pendant la guerre, ont profité de l'occupation, à payer des indemnités lourdes. Tokyo n'a pas apprécié. D'où les mesures de rétorsion.

Enfin, il y a un malaise côté japonais. Il y a encore dix ou vingt ans, ce qui était « cool » c'était les mangas japonais, la réussite du Japon, le « shinkansen » . Aujourd'hui, c'est la Chine qui fascine et on écoute de la pop coréenne partout en Asie et jusqu'en Occident.

Le Japon avec son interminable cérémonie du thé, sa discipline de fer et sa population vieillissante est un peu « has been » et il déteste ça...

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