Disney a déposé cette expression swahili qui signifie simplement "tout va bien". Une pétition kenyane s'en est émue et exige de l'entreprise nord-américaine qu'elle abandonne ses droits.

Timon et Pumba, les prophètes du "Hakuna Matata"
Timon et Pumba, les prophètes du "Hakuna Matata" © Getty / Disney Junior

Hakuna matata, « tout va bien »... Après tout, c'est Noël... Hakuna matata à tous !  Mais , pour une chronique de géopolitique, ça demande un peu d'explications... « Hakuna matata » nos auditeurs connaissaient la chanson du Roi Lion de Disney. Mais pour 150 millions d'Africains de l'Est qui ont le swahili en partage, « Hakuna matata », c'est un peu de « todo bom » des Brésiliens.

C'est-à-dire une phrase du quotidien. Une façon de dire « pas de problème », « tout va bien ». Une phrase que j'ai, d'ailleurs, entendu dans les rues de Nairobi, la capitale kenyane, où j'étais il y a quelques semaines à peine. « Hakuna matata », donc.

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des « hakuna matata » mondes si Disney n'avait pas eu la curieuse idée de déposer cette expression aux Etats-Unis en 2003 pour tout ce qui peut se vendre en portant cette fameuse expression.

Aux Etats-Unis, il faut payer des droits à Disney pour utiliser une phrase de swahili

Disney qui s'apprête l'été prochain à sortir un remake du "Roi Lion" avec, entre autres, Beyoncé. Donc la question « hakuna matata » se repose près de 15 ans après la sortie du dessin animé.

D'où une pétition venue d'Afrique, et surtout du Kenya, qui à peine mise en ligne – c'était en début de semaine – a déjà recueilli plus de 50 000 signatures. Les pétitionnaires exigent que Disney abandonne ses droits sur une expression « qu'il n'a pas inventé ».

Ils parlent de « néocolonialisme et d'appropriation culturelle » à but très lucratif. « Pourquoi », argumentent-ils, « une entreprise occidentale aurait-elle le droit de tirer profit sans vergogne d'une langue et d'une culture africaine ? »

Disney a aussi tenté de breveter "Dia de los Muertos"

Mais figurez-vous que ce n'est pas la première fois que Disney tente ce genre d'appropriation culturelle. L'entreprise avait essayé à la sortie en 2017 de Coco, son dessin animé aux accents mexicains, de déposer l'expression « Dia de los muertos ».

Toujours pour les Etats-Unis et toujours pour protéger son merchandising. Devant la bronca des Mexicains, qui ont commencé à protester sur Internet, Disney a abandonné l'idée et a changé le nom de son film, pour couper court à la polémique.

Or les Africains, surtout les Kenyans, se sont dit qu'il n'y avait aucune raison d'être traité différemment des Mexicains. Donc « hakuna matata », certes, mais uniquement lorsque Disney aura rendu son expression swahili à ses locuteurs légitime et libre de droits encore !

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