Faut-il ou non exposer à Paris le tableau le plus cher au monde ? Le Salvator Mundi, acheté 450 millions de dollars, n'est pas encore entièrement attribué au maître de la Renaissance qu'il fait déjà l'objet de tractations éminemment géopolitiques.

"Salvatore Mundi", faut-il exposer ou non le tableau le plus cher à Paris ?
"Salvatore Mundi", faut-il exposer ou non le tableau le plus cher à Paris ? © AFP / Drew Angerer

Ce matin, géopolitique de l'art classique et avec un exemple particulièrement spectaculaire, puisqu'il s'agit de rien moins que le tableau le plus cher du monde, le Salvator Mundi vendu pour un peu plus de 450 millions d'euros chez Christie's à New York en novembre 2017.

Il n'y a qu'un seul artiste au monde capable de justifier un tel prix : Léonard de Vinci. Or il se trouve que ce Christ Sauveur lui est attribué. Or, des œuvres sûres de Vinci il n'y en a qu'une vingtaine au monde et d'ailleurs plutôt une petite quinzaine.

La 2e raison pour laquelle il a atteint cette somme ahurissante, c'est l'acquéreur... Qui reste entouré de mystères. Est-ce le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohamed Ben Salman, est-ce le ministère émirati de la culture ou encore un milliardaire saoudien ?

Une exposition Vinci en octobre 2019

Ce qui est nouveau, c'est l'exposition d'octobre à Paris du plus grand nombre de Vinci possible, histoire de marquer le 500e anniversaire de la mort à Amboise du génie italien. La question est donc la suivante : doit-on ou non y faire figurer le Salvator Mundi ?

C'est décisif ! Si le Louvre – qui possède le plus grand nombre de peintures de Vinci au monde ainsi que des centaines de dessins et croquis et donc une expertise précieuse – l'expose en octobre, il certifie le tableau et l'attribution devient quasi certaine.

Mais le Louvre joue gros, il joue sa réputation. Imaginez que le Salvator Mundi soit finalement reconnu comme un simple travail d'atelier, le Louvre frisera le ridicule. Or en matière d'art ancien, le ridicule tue... et notamment une solide réputation.

Un tableau et des ennuis diplomatiques 

C'est une affaire éminemment politique, voire diplomatique. Il se trouve que le Louvre possède une antenne aux Emirats Arabes Unis, le Louvre Abu Dabi, et que les intérêts commerciaux et diplomatiques dans la région sont énormes.

En fait, le Louvre et surtout son autorité politique de tutelle, l'Etat français, sont juges et parties. Si le Louvre expose le Salvator Mundi en octobre à Paris comme un vrai Vinci, nous faisons plaisir aux Emiratis et peut-être même au prince hériter d'Arabie saoudite.

Soit nous écartons le tableau de l'exposition – par pure prudence scientifique - et le doute persiste, les Emiratis sont furieux et nos intérêts peuvent en souffrir. C'est un choix cornélien... Et les Emiratis ou les Saoudiens sont en ce moment très chatouilleux.

Quand l'Italie s'en mêle

Un malheur ne vient jamais seul ! Effectivement, quelques semaines après l'arrivée du nouveau gouvernement italien, en juin dernier, la secrétaire d'Etat à la culture italienne a expliqué vouloir « renégocier le prêt des Vinci italiens à Paris ».  

Depuis, les choses semblent s'être un peu calmées jusqu'aux provocations du ministre italien de l'Intérieur, qui a voulu, je cite, « convoquer » son homologue français. Le tout s'est terminé par le rappel pour consultation de l'ambassadeur de France à Rome.

Une première depuis 1940 ! Et à l'époque, je le rappelle, la France venait de déclarer la guerre à l'Italie ! Donc, vu l'ambiance... les Vinci italiens qui devaient être exposés en octobre à Paris sont encore très incertains...

Vous voyez, on commence par parler peinture renaissance, exposition exceptionnelle et tableau de maître et on finit dans les affres de la diplomatie internationale, d'Abu Dabi, à Riad en passant par Rome. Tout est géopolitique, absolument tout !

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